samedi 22 octobre 2011

Après Tripoli, Damas !

Un entretien avec Jacques Bordes, journaliste, écrivain, spécialiste du proche orient pour mieux comprendre certains enjeux géostratégiques des guerres ménées par l'occident.


Les divers réseaux de pipelines du moyen orient.





Q – Des observateurs et non des moindres, estiment qu’après la Libye, c’est le régime syrien qui va subir les foudres de l’Occident ?

Jacques Borde – De toute évidence, oui. Et plus vite que beaucoup s’y attendaient. Moi le premier.

Q – Et pourquoi donc ?

Jacques Borde – Oh ! Une seule et unique raison à cet emballement belligène : la volte-face russe. Moscou vient de se tirer une balle dans le pied en forgeant, par elle-même – et sans que personne (à moins que…) ne lui demande rien – l’arme diplomatique qui va servir au camp occidental pour mettre Damas au ban des nations…

Q – Comment ?

Jacques Borde – En se proposant pour pondre une résolution douce, destinée à prendre la place de celle à peine refusée par Moscou et Beijing. Étonnamment, l’a-diplomatie russe aurait pu attendre que les Occidentaux mettent quelques semaines à s’échiner à trouver la trame d’un nouveau texte de nature à trouve grâce aux yeux de la Russie et de la Chine. Mais, pourquoi attendre ? Autant faire le sale boulot soi-même, non ?

Or, en l’espèce, proposer une nouvelle mouture de résolution au Conseil de sécurité des Nations-unies portant sur une réforme du système politique syrien avec l’adoption de normes « démocratiques » (sic) curieusement toutes écrites à l’Ouest va immanquablement déboucher sur une agression de la Syrie par l’Axe atlantique.

Q – Pour quelles raisons ?

Jacques Borde – Pour celles-ci :

1.Nos sources nous indiquent clairement que les Russes travaillent sur un projet de résolution « modérée ». Ce que confirme, à sa manière le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, lorsqu’il déclare à l’hebdomadaire Profil, « Nous proposons d’adopter une résolution équilibrée qui condamnera les violences des deux côtés », celles du régime du président Bachar el-Assad et celles de l’opposition, « Dans le même temps, il faut que nous demandions à Assad de poursuivre les réformes qu’il a déjà engagées ». Notez que ce projet, d’une imbécillité sans bornes, a, toujours selon nos sources russes, l’aval du Premier ministre, Vladimir Vladimirovitch Poutine, ce qui en dit long sur sa courte vue en matière géopolitique. Même Gorbatchev, qui a vendu à l’Ouest tout ce qui était monnayable dans son pays, avait plus de jugeote.
2.Les Occidentaux – qui, sans doute, n’en attendaient pas tant – vont se précipiter pour accepter la résolution des Kremlin’s boys. Une fois adoptée, elle aura, nécessairement, une valeur contraignante pour la Syrie.
3.L’Occident et le bras armé qu’il choisira – l’Otan, peut fort bien (dans un premier temps ou même durablement) faire semblant de se tenir en retrait, afin de ne pas vexer les pigeons moscovites et ne prêter qu’un concours indirect, mais décisif, aux opérations – se chargera de l’application, par la force si nécessaire, de la dite résolution non seulement votée, mais, comble de la turpitude diplomatique, forgée par Moscou.
4.Comme pour la Libye, l’Occident n’aura qu’à outrepasser son mandat pour arriver à ses fins. Et, comme à l’accoutumée, les Russes – qui auront tiré, bis repetita…, les marrons du feu pour Washington, Londres et Paris – seront les dindons d’une farce levantine dont, comble de l’ironie, ils auront écrit, motu proprio, le premier acte…

Q – Vous qui aimez les comparaisons historiques, à qui compareriez-vous les Russes, à Judas ?

Jacques Borde – Non, toujours pas. Judas Iscariote avait reçu ses TRENTE deniers du Sanhédrin pour livrer le Christ. Là, c’est Moscou qui, par ses forgeries, va livrer son dernier allié au Proche-Orient au camp adverse ! Comme je crois vous l’avoir déjà dit, le Janus bifrons russe – par là, je veux dire Medvedev ET Poutine, jouant la même partition pro-occidentale, c’est évident – c’est Judas allant plaider devant le Préfet-Procurateur de Judée Ponce Pilate pour lui réclamer l’arrestation de Jésus, à la place de Caïphe ! Avec des amis de cet acabit, à l’évidence, le président syrien, le Dr. Bachar el-Assad, n’a plus vraiment besoin d’ennemis et devrait se consoler en relisant la formule de Cicéron : « Ab amicis honesta petamus » (À un ami, on ne doit demander que ce dont il est capable).

Q – Mais pourquoi les Russes agissent-il s de la sorte ?

Jacques Borde – Deux raisons principales. Première raison. Oubliez tout ce que vous avez pu lire sur l’Union Soviétique, ses dirigeants d’airain, les odieux kagébistes mangeurs de petits enfants, les terrifiants Soviet Military Balance opportunément édités juste avant les votes décisifs des chambres US pour les budgets alloués au Pentagone, etc., la nomenklatura actuellement en place à Moscou n’est jamais qu’une génération de petits fonctionnaires de province – Dimitri Medvedev et Vladimir Poutine, les premiers – montés à Moscou, la capitale, pour y réussir. Ce sont des apparatchiks de sous-préfecture issus d’un système sclérosé, que les hasards de l’histoire ont propulsé à des postes qui dépassent leurs compétences. Nicolas Sarkozy, à côté d’eux, c’est le prince de Bismarck-Schönhausen ! Ceci bien que l’actuel locataire de l’Élysée ne passe pas pour un fin géopolitique. Mais comme aurait dit Saint Thomas d’Aquin, « Timeo hominem unius libri » (Je crains l’homme d’un seul livre). Et Sarkozy – a contrario de beaucoup de ses pairs, qui vaticinent à l’envie – a prouvé qu’il savait agir dans l’urgence. Quitte à mettre la charrue avant les bœufs.

La seule réussite, qui ne doit rien ni à Medvedev ni à Poutine, qu’a connu la Russie, ces dix dernières années, est Gazprom qui est une multinationale comme les autres. Une Exxon made in Russia, rien de plus. Ce qui est déjà appréciable. Mais, convenez-en, n’entre guère dans les visions fantasmagoriques de tous ceux qui voient en Moscou la nouvelle Rome d’un Imperium eurasiste…

Manquant de ce qui fait la colonne vertébrale des hommes d’États, nos deux derniers locataires du Kremlin (comme leurs prédécesseurs, d’ailleurs) multiplient les calculs d’apothicaire pour ne pas perdre leur mise. Ce sont des gestionnaires de faillite maladroits. Cela ne serait pas trop grave – après tout combien de temps a perduré l’Empire ottoman dirigé, lui aussi, par des incapables – s’ils n’avaient en face d’eux les dépeceurs d’empire professionnels que sont les think tanks états-uniens. Du coup, depuis l’Affaire des missiles de Cuba, avec une accélération avec la 1ère Guerre d’Afghanistan, la sphère d’influence de la Russie se réduit comme une peau de chagrin. Là, lorsque la Syrie sera tombée, la Russie n’aura plus de point d’ancrage, passés les Détroits, en Méditerranée. À se demander si quelqu’un sait encore lire une carte au Kremlin…

Q – Et la seconde ?

Jacques Borde – Amos Lerah, sur le site israélien JSSNews, a fort bien résumé les arrières pensées des nos petits princes de la Moskova. Que dit-il ? Que « Poutine sait que Bachar el-Assad est condamné. Mais il veut s’assurer que la Russie a son mot à dire dans le choix de son successeur ».

Grossière erreur de calcul. Comme pour, l’Égypte, la Tunisie et, plus violemment, la Libye, pourquoi l’Occident irait-il demander l’avis de la Russie – désormais poids-plume des relations internationales et qui ne représente plus rien dans la région du Levant – avant de passer son coup de balai ? Prenez l’Égypte – ex-carte majeure de l’implantation russe dans la région – , 98% des officiers de ses forces armées passent, à un moment donné ou à un autre de leur cursus, par les académies militaires US. On voit ce que cela donne quant à l’adoption de l’agenda géopolitique US dans la région et du recadrage ad usum Americani de la « révolution arabe » du Caire ! Au niveau des rentrées d’argent, les comptables du Kremlin seront heureux d’apprendre que la dernière vente – bien que réalisée par le biais des Foreign Military Sales, au cheminement financier parfois complexe – de 125 chars de combat M-1A1 Abrams, par General Dynamics, rapportera 1,329 Md$US aux États-Unis !

Mais Amas Lerah pointe un autre facteur : « le bail russe sur le port de Sébastopol en Crimée » qui « expire en 2017 et ne peut être prolongé sans l’accord de l’Ukraine. Sébastopol est la plus grande base navale Russe et sa bouée de sauvetage pour le maintien d’un accès direct sur la Mer Noire, puis sur les Dardanelles et la Méditerranée. Perdre cette base serait comme devenir enclavée pour la Russie. Kaliningrad ne pourra jamais être transformée en un atout naval majeur tandis que les côtes sibériennes et extrême-orientales ne permettront pas un ravitaillement facile ».

Q – Mais pourquoi aller si vite en (basse) besogne ?

Jacques Borde – Parce que, vu de Moscou, le temps presse. Comme le rappelle encore Amos Lerah, « En 2017, l’Ukraine pourrait bien être un membre de l’Union européenne et il est fort à parier que l’Otan ne voudrait pas de cette base navale russe en Ukraine. Alors Moscou est à la recherche d’une alternative à Sébastopol. Les stratèges russes estiment qu’ils ont trouvé la solution sur la côte méditerranéenne de la Syrie. Là même où ils stationnent actuellement plusieurs sous-marins et destroyers ».

Q – Parce que, selon-vous, les Russes lâcheront Sébastopol ?

Jacques Borde – Dans leur tête, c’est déjà fait. J’en suis persuadé. Là encore, ça n’est qu’une question de temps et de procrastinations sans queue ni tête. Vous verrez, les événements me donneront raison. Hélas !

Q – Mais, dans ce cas-là, ne devraient-ils pas se cramponner à la Syrie ?

Jacques Borde – Mais c’est ce qu’ils font. Mais, à leur manière de petits joueurs. Ils biaisent, louvoient, gémissent. Leur calcul – d’une inconséquence rarement atteinte – est de se dire : Offrons aux Occidentaux la tête de Bachar el-Assad, ils nous laisseront notre accès aux côtes…

Q – Mais c’est absurde ?

Jacques Borde – Oui. Mais, c ‘est comme ça que fonctionnent nos apparatchiks de sous-préfecture, à la recherche de (petits) bénéfices acquis sans prise de risque. « Avaritia facit bardus » (La cupidité rend stupide), dit l’adage latin. Rappelez-vous, c’est exactement de cette manière qu’ils ont agi avec Milosevic. C’est simple, citez-moi UN allié que Moscou n’a pas abandonné dans la tourmente ? Barré, Nasser, Milosevic, Seselj, Kadhafi, etc., tous ont vu les Russes se coucher dès que le vent a commencé à souffler et que Washington, abattant ses cartes, a haussé le ton. Au bluff, le joueur d’échec (russe) – qui pense toujours au coup du surlendemain (qui ne se jouera, évidemment pas, comme il l’imagine) – se couche toujours devant le joueur de poker US. Et, in fine, se fait rouler dans la farine !..

Q – C’est à ce point-là ?

Jacques Borde – Oui. À meilleure preuve : que nous dit encore notre confrère de JSSNews ? Qu’« Il y a quelques semaines, un haut fonctionnaire russe m’a assuré que son gouvernement ne s’opposerait pas à « une résolution forte » de soutien à l’insurrection en Syrie ».

Q – Cela vous semble crédible ?

Jacques Borde – Attendez un peu et vous verrez que, peu ou prou, ces prévisions se réaliseront. D’autant que le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, « a invité l’opposition syrienne à Moscou, ce qui implique que le président Bachar el-Assad n’est plus l’interlocuteur exclusif de la Russie… Et seulement 48 heures après le veto, le président russe Dimitri Medvedev a appelé Assad à réformer le pays ! »

En résumé, pour reprendre l’analyse d’Amos Lerah, « La Russie sait qu’Assad va devoir bientôt partir. C’est pourquoi Poutine recherche une solution médiane : un nouveau régime syrien dans lequel les amis de Moscou (donc des proches actuels d’Assad) auraient une place assez forte pour offrir à la marine russe tout ce dont elle désire ».

Le problème, c’est qu’avec les États-Unis, il y a JAMAIS de « solution médiane ». Parlez-en, pour voir, aux Irakiens ! L’embargo onusien, concocté dans les cénacles washingtoniens, leur a coûté UN MILLION ET DEMI de morts. Et ne comptez pas sur les Américains pour avoir des remords. Je vous rappelle, une fois encore, les paroles de l’ancienne chef de la diplomatie états-unienne, Madeleine K. Albright, à qui Larry King avait posé la question suivante: « Is it worthwhile to kill Iraqi children ? » (Est-ce que ça vaut le coup de tuer des enfants irakiens ?)… Ce à quoi elle avait répondu : « Yes, it is worthwhile! » (Oui, cela vaut le coup).

Q – Oui, mais les Russes arment bel et bien,la Syrie ?

Jacques Borde – Oui. Mais, même là, il y aurait beaucoup à redire…

Q – Dans quels sens ?

Jacques Borde – Outre que souvent, voir leur litige avec l’Iran sur les S-300, les Russes ne tiennent pas leurs engagements – quitte à y laisser, budgétairement parlant, leur chemise –, les armes n’arrivent pas toujours à destination !

Q – Vous pouvez préciser ?

Jacques Borde – Apparemment, un des premiers lots de missiles antichars AT-14 Kornet II, commandé par Damas, bien que payé, semble-t-il, n’aurait jamais été livré à la Syrie ! L’ex-Premier ministre israélien, Ariel Arik Sharon, affirme JSSNews, « s’était même envolé de nuit pour ne pas alerter toute la presse qui le collait à chaque instant. Il réussit après des heures de longues discussions, à convaincre Poutine de ne pas livrer même s’ils étaient payés, ces fameux missiles ».

Vint ensuite, nous rappelle encore JSSNews, « l’histoire d’un cargo qui disparut au large de la Manche, le fameux Artic Sea. Il y aurait eu à bord des S300 qui devaient transiter en Algérie pour être ensuite dirigés vers l’Iran ».

Q – Mais, concernant la livraison des S-300, Moscou n’a fait que suivre les sanctions prononcées contre l’Iran ?

Jacques Borde – Vous voulez rire ! Ça serait la première fois depuis longtemps qu’une grande puissance suit à la lettre les recommandations onusiennes. De plus, si la société Almaz-Anteï qui produit les S-300 avait, vraiment, voulu honorer sa commande, passée bien avant la résolution de l’Onu, rien ne l’en empêchait. Si Moscou a gelé la vente, le 11 juin, c’est bien après avoir, délibérément, joué la montre pour ne pas avoir à tenir parole…

Q – Sur notre site, Charlotte Sawyer et John Q. Neel ont dépeint l’avenir de la puissance navale russe de manière apocalyptique. Or, désolé, il y a bien des domaines où les Russes restent performants ?

Jacques Borde – Oui. Et à quoi faites-vous référence ?

Q – Aux projets 20380 et 20385, selon la nomenclature russe ?

Jacques Borde – Effectivement, le Projet 20380 – la corvette Steregushy donne l’impression du renouveau. Mais, mis en chantier en décembre 2001, le projet, qui devait comprendre entre vingt et trente unités, se limitera, en fait, à cinq bâtiments. Pas de quoi pavoiser. D’autant que ce type de corvette, un temps présentée comme une La Fayette en plus petit, offre une autonomie somme toute réduite – 5.000 nautiques au lieu de 9.000 –, ce qui confirme bien le manque d’ambition des Russes dans le domaine naval. Elles ne seront en mesure d’opérer que sur des théâtres d’opérations proches (Baltique, Barents, Caspienne, Mer Noire). Et de couvrir les péninsules de Primorye et du Kamchatka. Calculez : QUATRE mers, DEUX péninsules et CINQ navires ! Où est la projection ? Où est l’ambition ? Où est le renouveau ?

C’est sans doute ce qui a poussé Moscou, nous apprenait Kommersant, a lancer un appel d’offres pour une nouvelle corvette polyvalente, similaire au Littoral Combat Ship (LCS) US. Ce qui devrait déboucher sur une version optimisée des Steregushy : le Projet 20385. Soit ONZE corvettes à livrer avant 2020. Un projet, en théorie, nettement plus ambitieux. Les Projet 20385 seraient des navires furtifs et leur armement comprendrait, dixit le patron de la marine russe l’amiral Vladimir Sergueïevtich Vysotskiy, des missiles nucléaires tactiques. Pour l’instant, on n’en sait guère plus. Sauf que le Projet 20385 s’inscrit dans le Programme naval décennal 2011-2020. Pour conclure, avec la marine russe, le projet de catamaran LCS proposé par OSK resterait d’actualité. Tout cela semblerait convaincant. Sur le papier, du moins. Car, à ce jour, de la classe Steregushy, seul le Steregushy est en service (depuis le 14 octobre 2007). Le Soobrazitelnyy en étant, tout juste, aux essais à la mer.

Donc, l’un dans l’autre, désolé, je ne peux que partager l’analyse de Sawyer et Neel.

Q – Pour finir, que penser des opposants syriens ?

Jacques Borde – Cela dépend de qui l’on parle. Si vous pensez au Conseil national syrien (CNS), créé il y a peu : rien de bon. Quant à leur environnement immédiat, principalement des traîtres passibles de la peine capitale. Ni plus, ni moins !

Q – Vous n’y allez pas un peu fort ?

Jacques Borde – Pas du tout. Vos « opposants » (sic) ont publié sur leur site internet la carte des systèmes antiaériens protégeant le front avec Israël. Quatre cartes détaillées montrent clairement le positionnement des défenses antiaériennes en question. Des S-25 Berkut (Code Otan, SA-1 Guild), S-75 Dvina (code Otan, SA-2 Guideline), S-125 Neva (code Otan, SA-3 Goa), et des S-200 Angara (code Otan, SA-5 Gamon) ou encore 2K12 Kub (code Otan, SA-6 Gainful). Des engins sol/air qu’il faudra bien détruire avant d’envisager toute Zone d’exclusion aérienne. Or, l’instauration d’une telle zone, est, par elle-même, un acte de guerre avéré.

La République arabe syrienne étant, à ce jour, en état de guerre (non ouverte) avec son voisin israélien, la simple révélation de ces éléments-clés de sa défense constitue clairement pour ses auteurs un acte de haute trahison. Passible des tribunaux, quelque soit le pays du monde, lorsqu’ils se produisent. Donc, Damas sera légitimement fondé, le moment venu, de passer les auteurs de telles forfaitures par les armes…

Q – Un dernier mot sur la Libye, peut-être ?

Jacques Borde – Court, alors. À l’évidence, la Guerre de Libye, est loin d’être terminée. À peine finis dans une ville, les combats reprennent dans une autre. Normal, les insurgés pro-occidentaux n’ont même pas les effectifs nécessaires à une force de police lambda pour assurer le maintien de l’ordre en temps de paix. Alors, juguler une guerre civile !

Ah, si ! Un dernier signe. Comme l’a indiqué le site meretmarine.com, la frégate Montcalm a rejoint la zone d’opérations au large de la Libye. « Le bâtiment a été intégré à la TF 473, déployée dans le cadre d’Harmattan. L’arrivée du bâtiment permet de compenser, au sein de la force navale française, le départ de la frégate La Fayette, rentrée à Toulon le week-end dernier »[4].

Pourquoi donc ainsi compenser le retrait d’un navire de guerre de l’importance du La Fayette ? Si ce n’est parce rien n’est encore joué.

Or, jugez-donc du dispositif que la France doit encore consacrer à sa via factis sur les villes libyennes: « la TF473 », dixit meretmarine.com, « se compose aussi de la frégate de défense aérienne Chevalier Paul, qui a remplacé le Cassard (également rentré à Toulon), ainsi que du bâtiment de projection et de commandement Tonnerre, qui embarque un groupe aéromobile fort d’une vingtaine d’hélicoptères Tigre, Gazelle, Puma et Caracal. De plus, un bâtiment de ravitaillement assure le soutien des unités de combat depuis Toulon ». Et, « En parallèle, la Marine nationale participe également à la force maritime déployés au large de la Libye par l’Otan dans le cadre de l’opération Unified Protector. Ainsi, l’aviso Commandant Birot a remplacé au sein de l’OUP son sistership, le Lieutenant de Vaisseau Lavallée, qui a regagné lundi sa base de Brest »[5].

Q – Mais Londres a bien allégé son dispositif, non ?

Jacques Borde – Oui et non. Après quelques 3.000 heures de vola u-dessus de la Libye, les Typhoon de la RAF ont quitté le théâtre d’opérations libyen, le 23 septembre 2011. Mais, il reste SEIZE Tornado GR4 britanniques dans la boucle opérationnelle otanienne. Or, ces appareils ont de meilleures capacités de frappe au sol que les Typhoon. Ils viennent d’ailleurs de passer le cap des 7.000 heures de vol sur zone. Mais, naturellement, rien de toute cette litanie de Guernica frappant les villes libyenne ne serait possible sans les Américains qui assurent, à eux seuls, 80% des opérations de ravitaillement en vol des flottes aériennes de l’Axe atlantique.

Quant à la part française à ces gesticulations guerrières – première devant la Commission de défense de l’Assemblée nationale, le 4 octobre 2011 – le ministre de la Défense, Gérard Longuet, a révélé le nombre et le type de munitions larguées par la France. Chiffres que, jusqu’alors, l’état-major des armées se refusait purement et simplement à diffuser. Donc, dixit Longuet, « les avions ont largué 950 bombes et tiré 240 missiles air-sol »[6]. Sur ces engins, précise Air & Cosmos, « figurent 15 missiles Scalp-EG, qui ont été tirés par les Rafale et les Mirage 2000D, ainsi que 225 AASM mis en oeuvre par les Rafale »[7]. De leur côté, les hélicoptères du groupe aéromobile français « ont lancé 431 missiles Hot »[8}. Quant aux bâtiments de surface de la Marine nationale, ils ont, pour leur part, délivré quelque « 3.000 obus de 100 et 78 mm »[9].

Quelle débauche de moyens et de personnels pour une guerre, qui, prétendument gagnée par le CNT et ses djihâdistes de marché, dure encore ? Ses vainqueurs – si vainqueur,il y a un jour – et-au-delà, ceux qui les ont inspiré et escomptent tirer profit de cette guerre, seraient bien inspirés de relire Virgile qui écrivit: « Romane, memento : hae tibi erunt artes ; pacisque imponere morem, parcere subiectis, et debellare superbos » (Romain, souviens-toi : ce seront tes arts à toi ; de gouverner les nations sous ta loi, d’imposer des règles à la paix, de ménager les vaincus et d’abaisser les superbes)[10]. On est loin du compte !

http://www.geostrategie.com/4216/syrie-%e2%80%93-apres-tripoli-damas%c2%a0/

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