mardi 25 octobre 2011

Mort de Kadhafi : la guerre n’est pas finie...

Photo prise par Investig'Action à Tripoli, juillet 2011.

 

Si le Conseil national de transition et l'OTAN pensent que les Libyens vont cesser de s'opposer à l'occupation du pays et accepter l'instauration d'un vice-royaume postcolonial du simple fait que les agresseurs ont pris une ville ou mis la main sur Moatassem Kadhafi, Moussa Ibrahim ou même Mouammar Kadhafi, c'est qu'ils n'ont pas compris à qui ils avaient affaire. 

 

L'armée libyenne est bien entraînée et bien équipée ; ses officiers possèdent un haut niveau d'éducation et une solide connaissance de l'histoire de l'Afrique et de l'Europe. Les femmes libyennes préféreraient se battre jusqu'à la mort plutôt que de se voir forcées à vivre sous un régime similaire à celui de l'Arabie saoudite, qui leur interdirait de sortir après cinq heures de l'après-midi ou de conduire une voiture, et qui prévoirait qu'elles soient lynchées ou décapitées si elles exercent certaines libertés supposées compter parmi les droits fondamentaux de tout être humain ; l'auto-détermination, comme le choix de se marier ou non, le choix de ses préférences sexuelles ou encore le choix de s'exprimer librement.





Les jeunes Libyens jouissent de la liberté d'expression et de la liberté d'éducation ; ils peuvent obtenir des bourses pour suivre à l'étranger des cours qui ne sont pas dispensés en Libye. Comment peut-on croire qu'ils souhaitent abandonner leur liberté et cesser de résister parce qu'une ville comme Syrte ou Bani Walid est tombée entre les mains de pillards ? Comment imaginer que les personnes âgées, qui disposent d'un système de santé et de médicaments gratuits et ont la garantie d'une vie décente, acceptent l'occupation et optent pour des soins à la Barak Obama ? Qui serait assez naïf pour penser que les Noirs de Libye vont cesser de résister à l'agresseur qui a massacré des dizaines de milliers d'entre eux, pour le simple fait que Syrte ou Bani Walid sont tombées ou que Moatassem Kadhafi ou Moussa Ibrahim ont été capturés ? Qui peut s'attendre à ce que les peuples de Libye, un pays qui a réussi à intégrer des structures tribales centenaires dans un système politique moderne, acceptent de se rendre à l'agresseur qui, alors que celui-ci a bombardé des mariages au Pakistan et détruits des structures tribales au Yémen, simplement parce qu'une ville a été prise ou une personnalité politique ou militaire capturée ?

Si l'OTAN et le Conseil national de transition parviennent un jour à démontrer que leurs "victoires télévisuelles" étaient fondées en apportant la preuve que Moussa Ibrahim, Moatassem Kadhafi, un dirigeant tribal ou une autre figure importante a bel et bien été capturée, cela n'aura pour effet que de renforcer la détermination des Libyens à se débarrasser eux-mêmes de l'armée coloniale dont ils subissent l'invasion.



Hier [12/10, ndlr], contraint de se rendre, un combattant de la tribu Werfallah, qui défend Syrte, s'est fait exploser au milieu de ses ravisseurs. Le journal russe Argumenti Nedeli, qui entretient habituellement de bonnes relations avec les sources de renseignements militaires russes, indique que l'OTAN dissimule ses pertes. Un reportage de CBS, diffusé à la suite de la couverture d'une réunion des parrains du Conseil national de transition à Paris, relate qu'une équipe de CBS accompagnée de combattants du Conseil national de transition a rencontré de la résistance sur la route de Bani Walid. De telles informations préfigurent ce que les spécialistes de la Libye savent depuis le début : que la campagne coloniale libyenne va immanquablement se transformer en une guerre coloniale prolongée. Quant à The Telegraph, il écrit que l'Ouest et Al-Qaïda sont du même bord, signe manifeste que la belle histoire des révolutions des fleurs et des lendemains qui chantent ne tient pas debout. Même CNN a du mal à nier la vérité dans ses reportages sur les manifestations pro Kadhafi en Libye.



Compte tenu des événements d'aujourd'hui, qui s'inscrivent dans cette guerre coloniale prolongée, il est d'autant plus urgent que les mesures diplomatiques soient prises pour mettre un terme à l'agression.



Hier [12/10, ndlr], ARRAI TV a rapporté que les agresseurs avaient essuyé une défaite à Bani Walid, ce qui corrobore des informations que nsnbc a reçues ce soir par téléphone. Syrte a subi une nouvelle attaque, qui a commencé par des bombardement de la part de l'OTAN alors que la ville était barrée par des tirs d'artillerie. Cette première phase a été suivie par une attaque terrestre de l'infanterie et des tanks, qui sont parvenus à entrer dans la ville. Cet assaut a également été contré et les attaquants ont subi de lourdes pertes. Hormis les nombreuses raisons mentionnées précédemment qui poussent les Libyens à résister à l'occupation, l'attaque lancée la nuit dernière montre une fois encore que les habitants de Syrte luttent pour survivre.



Dans une banlieue de Syrte brièvement tenue par les combattants du Conseil national de transition, neuf familles entières, y compris des bébés, des enfants et des personnes âgées, ont été abattues de sang froid, à titre d'exemple pour les loyalistes de Kadhafi. Il se peut tout à fait que la fausse nouvelle de la capture de Moatassem Kadhafi ait été diffusée pour faire diversion et dissimuler le massacre.



La bataille de Syrte est appelée à devenir un cas d'école dans les académies militaires du monde entier et à figurer parmi les pires crimes de guerres facilités par une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies. Elle devrait également rester dans les mémoires comme étant la preuve définitive que les Nations Unies doivent être abolies.

Il est maintenant temps que l'on sache si les dirigeants russes et chinois vont maintenir leur statu quo politique ou s'ils vont passer des paroles aux actes. La Russie et la Chine étant les seuls acteurs mondiaux capables d'arrêter l'agression, les protestations qui pour l'heure visent les Etats-Unis, l'Union européenne et l'OTAN ne manqueront pas de se tourner vers ces deux pays. On leur reprochera leur inaction face au viol d'une nation souveraine perpétré sous leurs yeux. Les manifestations internationales contre l'agression permanente pourrait s'avérer plus efficace si elles s'adressaient à des ambassades russes ou chinoises et qu'elles dénonçaient la passivité de ces pays à la lumière de la guerre en Libye.

Demain [14/10, ndlr], les Libyens sont invités à descendre en nombre dans la rue pour exprimer leur opposition aux bombardements humanitaires effectués par l'OTAN, aux hordes de mercenaires d'Al-Qaïda qui pillent leur pays, aux forces spéciales du Qatar, de l'Arabie saoudite, d'Europe et des Etats-Unis, et enfin, à une nouvelle vague de colonisation de l'Afrique.



Ils comptent sur tout ceux qui s'opposent à l'agression pour manifester pacifiquement demain devant le quartier général de l'OTAN, devant le siège de leur gouvernement national ou régional et devant les ambassades russes et chinoises.



Cet article a été publié le 13 octobre dans une version plus longue sur nsnbc.com

Traduit de l'anglais par Chloé Meier pour Investig'Action.
http://www.michelcollon.info/_Christof-Lehmann_.html

http://www.michelcollon.info/La-guerre-en-Libye-n-est-pas-finie.html?lang=fr

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