jeudi 14 juin 2012

Pierre Hillard : L’oligarchie mondialiste veut créer un Vatican II de l’Islam

Pierre Hillard dévoile les plans des mondialistes, tout est dit !


Pierre Hillard est docteur en sciences politiques et essayiste français. Il a fait des études d’histoire, de sciences politiques et d’études stratégiques. Spécialiste du « mondialisme», il dénonce ce qu’il interprète comme un processus technocratique de décomposition des nations et d’unification du monde. Cette stratégie de domination est orchestrée, selon lui, par une oligarchie financière et militaire mondialiste, agissant dans les coulisses du vrai pouvoir. Son objectif : diriger le monde, en cassant les Etats-Nations, diluant la spiritualité et les traditions et soumettant les peuples à un « nouvel ordre mondial ». Le contrôle du monde musulman est une étape cruciale dans la réalisation de ce projet de domination mondiale.

Fayçal Anseur : Depuis le 11 septembre, l’Islam de manière générale et les pays musulmans en particulier sont dans le collimateur des grandes puissances occidentales,à leur tête les USA. Des pays ont été envahis (Irak, Afghanistan, Libye), d’autres sont sur la liste d’attente (Iran, Syrie, …). Quel bilan tirez-vous de ces bouleversements et à qui profite cette situation ?

Pierre Hillard : Le bilan, qui est provisoire, est celui du commencement d’un désastre. Ces pays sont entrés dans une spirale sans fin de guerres, de répressions, de revendications ethniques, de partitions territoriales, d’oppositions entretenues et de tensions religieuses exacerbées. Nous sommes dans une période de bouleversement, c’est-à-dire une zone de mutation qui permet de passer d’un monde ancien à un monde nouveau. Pour reprendre une expression biologique, nous assistons à un « climax », période cruciale du développement des insectes au cours de leur métamorphose. 

Quel est le but inavoué, caché derrière cette "guerre contre le terrorisme"?

Pierre Hillard : Derrière la formule « guerre contre le terrorisme », se cache comme enjeu immédiat l’accaparement des richesses variées de pays musulmans (pétrole, gaz, uranium, …) par les grandes multinationales au service du monde oligarchique. Cependant, l’objectif profond est double. Il s’agit d’abord de parcelliser ces pays en fonction de critères ethniques et religieux afin de mieux les contrôler. Le vieil adage « Diviser, pour mieux régner » trouve parfaitement son application. Le deuxième objectif est de procéder à une refonte des mentalités arabes et perses grâce à un changement des fondamentaux de l’Islam.
Dans le cadre du catholicisme, Vatican II (1962-1965) a eu pour objectif de modifier le christianisme afin d’adapter l’Eglise à l’esprit du monde ; sous-entendu à l’esprit du mondialisme œuvrant en faveur du nouvel ordre mondial. Depuis cette époque, tous les papes concourent à cette politique (gouvernance mondiale, promotion des droits de l’homme, …) par exemple par l’intermédiaire de leurs encycliques.

C’est la même politique qui doit s’appliquer aux musulmans dans le cadre d’un « Vatican II de l’Islam ». L’Islam doit devenir soluble à l’esprit du mondialisme. Ce n’est pas l’effet du hasard si l’article de Ralph Peters dans la revue militaire américaine « AFJ » de juin 2006 promeut l’éclatement des pays du Proche-Orient et appelle à la création d’une sorte de « super Vatican musulman » avec la mise à l’honneur d’un « Conseil représentatif tournant issu des principales écoles et mouvements de l’Islam ». Ce « Conseil » aurait pour objectif de modeler et de réformer l’Islam afin de le rendre conforme aux canons de la mystique mondialiste. On retrouve le même genre d’idées chez l’islamologue juif britannique et naturalisé américain Bernard Lewis qui, le premier, a élaboré le concept du « choc des civilisations » en 1957. Rappelons que ce dernier est étroitement lié à Zbigniew Brzezinski lui-même mentor du président Obama.

Alors que l’on continue de stigmatiser l’Islam et les musulmans, cela n’empêche pas les USA, la France, etc, de soutenir des « révolutions islamiques » dans des pays arabes comme en Libye, où Belhadj, un ex-lieutenant de Ben Laden est présenté comme le libérateur de Tripoli, ou en Syrie, pays déstabilisé, notamment par des combattants se revendiquant du Djihad islamique. Quelle est cette nouvelle stratégie occidentale déployée contre certains pays musulmans, s’agit-il d’une nouvelle épopée coloniale ?

PH : Les élites occidentales, c’est-à-dire celles issues des cénacles mondialistes comme le Council on Foreign Relations (CFR), Chatham House et bien d’autres, pratiquent un jeu bien pervers qui consiste à attiser la tension entre l’occident et le monde musulman. Dans la vision mondialiste, il s’agit en particulier de mettre en place les « trois piliers du judaïsme » comme le présente la très mondialiste Fondation Bertelsmann.
Ces trois piliers représentant les communautés juives d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Israël doivent constituer l’armature politique, économique et militaire d’une même architecture. La création en février 2012 d’un Parlement juif européen dans les locaux du Parlement européen est la suite logique de cette politique de très grande envergure. Le problème est que le monde musulman ne présente pas les « qualités » nécessaires pour entrer dans la configuration spirituelle, politique et économique du mondialisme.

Par conséquent, l’encouragement donné par ces élites est de favoriser l’arrivée de mouvements islamistes les plus durs afin de créer le principe des oppositions face à un Occident (en incluant Israël) prétendu démocrate et droit de l’hommiste. Cette gestion des contraires conduisant à la confrontation entre ces deux mondes doit permettre de passer à une étape supérieure autorisant la création d’une gouvernance mondiale après épuisement complet des pays engagés dans des épreuves faites de guerres en tout genre. Derrière cette politique, l’idée d’une religion mondiale doit voir le jour où les lois noachides doivent permettre à l’humanité unifiée d’atteindre un âge d’or précédant le retour du Messie. Ces lois noachides structurent déjà la société américaine comme le stipule la loi 102-14 de mars 1991 lors de la 102è session du Congrès américain appelée « Education Day ». Il est en particulier rendu hommage au mouvement loubavitch et au rabbin Menachem Mendel Schneerson. N’oublions pas que le mondialisme est un messianisme.

Vous êtes un spécialiste du mondialisme : Quelle place est réservée au monde musulman dans le programme élaboré par les cerveaux de ce projet?



PH : Comme je l’ai déjà précisé, les travaux de Bernard Lewis ou encore ceux de Ralph Peters annoncent un grand chambardement des pays musulmans. Cependant, on doit réserver une place particulière aux travaux d’un ancien fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères israélien Oded Yinon dans une publication parue en 1982 dans le cadre de « l’organisation sioniste mondial » (World Zionist Organisation). C’est grâce à l’action d’Israël Shahak, Président de la ligue israélienne des droits de l’homme, qu’il a été possible de connaître les buts à long terme élaborés au sein de certaines officines peu philanthropes. Publié dans « La revue d’études palestiniennes » et reproduit dans la revue « Confluences méditerranéennes » (n° 61 printemps 2007) sous le titre « Une stratégie persévérante de dislocation du monde arabe », il est clairement indiqué par son auteur que « Le Moyen-Orient ne pourra pas survivre dans ses structures actuelles sans passer par des transformations révolutionnaires ».

Dans son étude, Oded Yinon décrit minutieusement les composantes ethniques et religieuses propre au monde musulman du Maroc au Pakistan en passant par la Turquie. Il s’agit ni plus ni moins de favoriser la dislocation des pays musulmans. Ainsi, il est déjà prévu en 1982 de partager l’Irak en trois blocs (chiite, sunnite et kurde), de pulvériser l’Etat syrien en plusieurs entités ainsi que l’Etat égyptien. Il est ajouté pêle-mêle que le processus doit toucher aussi la Libye, le Soudan, le Liban … A la lecture de ce texte, on se rend compte que les événements qui balaient les Etats arabes depuis 2011 ne sont pas fortuits. Il faut rappeler aussi que cette politique définie par Oded Yinon accompagne le rapport rédigé en 1996 par le « Prince des ténèbres », Richard Perle, intitulé A clean break : a new strategy for securing the realm. Ce document, véritable catalogue de déstabilisation des pays musulmans fut présenté à Benjamin Netanyahu dans le cadre d’un think tank israélien : The Institute for advanced strategic and political issues. La corruption et le népotisme qui caractérisent les pays musulmans ne suffisent pas à expliquer les bouleversements profonds en cours du Maroc au Pakistan. Les services secrets américains et anglais qui ont une tradition ancienne d’intervention dans les affaires internes des pays musulmans (par exemple : l’affaire Mossadegh en 1953) ou encore israéliens ont dû se montrer particulièrement actifs.

Israël est décidé d’attaquer l’Iran, mais le retour de Poutine sur la scène géopolitique mondiale, semble ralentir ce processus guerrier. Comment la situation va-t-elle évoluer maintenant que la Russie s’en mêle franchement?

PH : Poutine fait partie de la mouvance mondialiste. La création sous sa direction à la fin de l’année 2011 d’une « Union eurasienne supranationale » selon sa propre expression (terme mondialiste par excellence) faisant le pont entre, d’un côté, l’Union européenne et, de l’autre, le bloc asiatique cadre parfaitement avec la mise en place de blocs continentaux régionaux s’insérant dans une gouvernance mondiale parallèlement à la création d’un Parlement mondial : l’Assemblée parlementaire des Nations Unies (APNU). Cependant, il ne faut pas voir ces agents du mondialisme comme un bloc monolithique. Les élites anglo-saxonnes, russes et israéliennes (mais aussi chinoises) se font une guerre farouche dans la répartition des rôles et des intérêts. Il ne faut pas oublier que les liens entre la diaspora juive russe résidant en Israël et celle s’activant en haut lieu au Kremlin parmi les oligarques passent obligatoirement par des accords dans le partage des richesses et des influences dans les pays musulmans. 

Il ne faut pas oublier non plus en arrière-fond les ambitions anglo-saxonnes en particulier celles du très puissant lobby juif américain, l’AIPAC. Toute la question est de savoir si ces différents clans sauront s’entendre. Dans le cas contraire, les armes parleront. L’idéal mondialiste consistant à fracasser le monde occidental et le monde musulman l’un contre l’autre entrera en action. Le choc des civilisations chéri par Bernard Lewis trouverait son plein accomplissement.

Après la Libye, le Mali …, est-ce que l’Algérie est à son tour susceptible d’être déstabilisée. Est-elle dans les petits papiers de l’Empire oligarchique. Si oui, que lui réserve-t-on ?


PH : Bien entendu, l’Algérie fait partie des « heureux élus » si on peut dire. L’objectif est de créer des blocs continentaux à l’instar de l’Union européenne bénéficiant des véritables pouvoirs politiques et économiques aux dépens des Etats et au profit de l’ethno-régionalisme. Nous assisterons au même processus dans le cadre de l’Union africaine. Les Etats sont de plus en plus fragilisés par l’octroi de droits politiques et culturels aux groupes ethniques. La reconnaissance de la langue amazighe dans la nouvelle constitution marocaine en juillet 2011 entre dans un processus de reconnaissance de droits politiques à des groupes ethniques (Berbères et autres) en Afrique du Nord et par ricochet dans toute l’Afrique subsaharienne. L’Algérie n’échappera pas à ce phénomène. L’éclatement du Soudan en deux parties, l’autonomie proclamée de la Cyrénaïque, une partition en cours au Mali avec l’émergence de l’Azawad et des droits accordés aux Berbères au Maroc soulignent un mouvement de fond que les oligarques, multinationales et grands financiers du monde entier doivent regarder avec tendresse. Que l’identité propre à chaque groupe soit respectée est indispensable. Cependant, le pas politique ne doit pas être franchi. 

Dans le cas contraire, le mouvement risque de se muer en revendications ethnicistes et indépendantistes conduisant à des conflits sanglants sur fond d’intérêts économiques téléguidés de l’étranger. Le mondialisme se nourrit de l’éclatement des Etats en une myriade d’entités ethniques rivales entre elles. Au même titre qu’il faut bien mâcher pour bien digérer, la mystique mondialiste s’activera de plus en plus pour « mâcher » ou « concasser » les Etats en de multiples entités afin de mieux les absorber dans les structures d’une gouvernance mondiale. Dans cette affaire, en dehors d’une élite apatride et perverse grande gagnante de cette babélisation généralisée, ce sont les peuples, leurs identités et leurs traditions si utiles à la variété et à la beauté du monde qui feront les frais de cette politique. Que ces peuples et des hommes politiques véritables réfléchissent un peu afin de ne pas être les idiots utiles du système.

Interview réalisé par Fayçal Anseur
Pierre Hillard,
Auteur notamment de : « La marche irrésistible du nouvel ordre mondial »,
Aux Editions François-Xavier de Guibert.

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