jeudi 5 juillet 2012

Encore une journaliste violée place Tahrir

C'est le genre de choses qui arrive dés lors que la populace est livrée à elle même...


La jeune femme était au Caire pour réaliser un documentaire sur les droits des femmes, son projet de fin d’études à l’université Falmouth de Cornwall pour Channel 4. Accompagnée de deux amis, elle marchait le long du pont Kasr El Nil après l’annonce des résultats du scrutin pour couvrir ce moment historique. «Femmes, enfants et pères souriaient, applaudissaient joyeusement face à la caméra, raconte Natasha Smith sur son blog. Des feux d’artifices illuminaient le ciel. C'était une expérience émouvante et captivante.»

«Ils forçaient leurs doigts en moi»

«Lorsque j’ai réalisé que nous étions à l’autre bout du pont, j’ai remarqué que la foule était devenue plus compacte et décidé de faire demi-tour pour évite la place Tahrir.» La jeune femme explique avoir essayé de ranger son appareil photo dans son sac à dos et tenté de rebrousser chemin. Malheureusement trop tard. «En une fraction de seconde, tout a changé.» Happée par la foule, elle est traînée loin de ses amis «avec force». «J’ai crié. J’ai pu voir ce qui se passait et j’ai vu que j’étais impuissante. Je ne pouvais pas croire que j’étais dans une telle situation.»

L’un de ses copains a essayé de la rattraper. «Mais des centaines d’hommes m’ont entraîné plus loin, je criais, me débattais.» Son appareil photo lui a été arraché des mains, son sac dérobé. «Ils ont commencé à arracher mes vêtements. J'ai été mise à nu. Leur appétit insatiable de me faire du mal s’est accru. Ces hommes […] étaient devenus des animaux.» Sa jupe et ses sous-vêtements retirés. Elle dit que des mains lui ont «serré» la poitrine, «forçant leurs doigts en [elle] par tous les moyens possibles». «Tout ce que je pouvais voir, c'était les visages des regards concupiscents, se souvient-elle. J’ai été ballotée comme de la viande fraîche au milieu de lions affamés.»

Elle confie avoir imploré Dieu en arabe, soufflant même «ma'is Salaama! », qui signifie «adieu». Un groupe d’hommes aurait tenté de la protéger en la guidant vers une tente. Mais l’abri de fortune s’est écrasé, laissant l’étudiante aux milieu de ces «animaux». «J'ai été traînée nue sur le sol sale. Ils m'ont tiré mes cheveux blonds.» Ces cheveux, marque physique de son statut d’étrangère, selon elle. Un bouclier humain s’est ensuite formé autour d’elle, des Egyptiens lui proposant des morceaux de tissus pour cacher son corps meurtri. «Mais ils pouvaient encore me toucher. Ils étaient trop nombreux.»


Une histoire de rumeur

Natasha Smith se souvient avoir été étonnamment calme, son esprit s’étant littéralement «détaché» de son corps. Réfugié dans une autre tente, un homme essaye de la frapper avec l’un des piquets. «A ce moment-là, j’ai dit plusieurs fois à haute voix: "S’il vous plaît mon Dieu, faîtes qu’ils arrêtent !"» Athée, elle explique que dans «des moments de désespoir, nous nous sentons obligés de faire appel à une puissance extérieure». Une ambulance a fendu la foule, en témoigne les images diffusées par CNN. Mais les secours ont été mis à mal par la horde d’assaillants.
«J’ai commencé à penser que c’était la façon dont j’allais mourir. J’espérais mourir avant d’être violée.» L’un de ses amis, Paton Callum, réussit à la faire rejoindre une tente médicalisée. Les femmes qui ont recueillies la jeune fille lui confient qu’une rumeur s’était propagée, disant qu’elle était espionne, venue chercher des informations sur une supposée campagne de publicité nationale hostile aux étrangers. «Ce fut utilisé comme un prétexte, une excuse, pour molester et violer une fille blonde venue de l’Ouest». Traquée, elle écrit que ces prédateurs «voulaient [son] sang».

Des prédateurs qui ne reflètent pas la population égyptienne. «Ces femmes pleuraient, disant:" Ce n’est pas l’Egypte, ce n’est pas l’Islam !" Je l’ai rassurée en lui disant que ce n’était pas le cas, que j’aimais l’Egypte, sa culture et son peuple.» Elle a réussi à s’extraire de son piège le visage dissimulé derrière une burka, au bras d’un homme qui s’est fait passer pour son mari. Un individu qui lui a ordonné de ne pas pleurer, alors qu’elle marchait les pieds nus sur des bris de verre, les jambes cachées sous un pantalon trop grand pour elle. «On nous a expliqué qu’on ne pouvait pas nous emmener à l’hôpital, car ils pouvaient être arrêtés.» Hélant un taxi, ils ont finalement rejoint un établissement hospitalier du centre-ville.

«J’ai tellement de choses à dire»

Elle se souvient qu’on lui a demandé si elle était mariée. «Bien sûr, la question la plus importante à poser à une victime d’abus sexuel de masse», ironise-t-elle sur son blog. Elle a été examinée, sans ressentir aucune émotion. «Peut-être que ça va me rattraper dans quelques jours, je ne sais pas.» Lâchée dans les rues du Caire, accrochée au bras de son ami, elle s’est imaginée être entourée par certains de ces bourreaux. Rentrée au Royaume-Uni, Natasha Smith n’a pas perdu sa détermination, ni son jeune professionnalisme. «J’ai tellement de choses à dire. […] Ne laissez pas de mauvaises expériences ruiner votre vie et de déterminer votre avenir.»

Elle s’est confiée avec Paton à la chaîne d’informations. Dans cet entretien, le jeune homme salue le courage de ceux qui étaient prêt «à donner leur vie» pour sauver la leur. Natasha ne témoigne pas seulement de sa souffrance. Mais de sa volonté de faire évoluer les mentalités. «Mon histoire va attirer l’attention car je suis britannique et que je suis une jeune fille. Mais d’autres femmes égyptiennes sont victimes de ces attaques, de pires attaques, sans que justice ne soit faite».Point final
http://www.parismatch.com/Actu-Match/Monde/Actu/J-ai-ete-violee-sur-la-place-Tahrir-recit-d-un-etudiante-en-journlisme-britannique-406819/

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