dimanche 12 août 2012

Le surhomme

Délire mystico-luciférien ou espérance spirituelle ? A vous de choisir...



Jacques Bergier, qui inspira le personnage de Mik Ezdanitoff (l'initié télépathe) dans le Tintin "Vol 747 pour Sydney", s'entretient avec Louis Pauwels à propos du surhomme :

Mon cher Jacques, racontez-moi votre surhomme. Comme le petit homme rond (« pas un gramme de muscle, rien que de la bonne graisse », dit-il, content de lui) venait d'achever ses quenelles et sa crème au chocolat arrosés de Ginger Ale, il posa, coudes au corps, ses mains bien à plat sur la table, les doigts à l'extérieur, comme une otarie au bord du bassin ou une taupe qui prend le frais, et commença son discours d'une voix mécanique, avec un fort accent de nulle part.

— Le premier trait du surhomme, dit Bergier, sera d'avoir pour système nerveux une citadelle imprenable. Maintenant que beaucoup de maladies infectieuses sont vaincues, beaucoup d'entre nous meurent de stress. Le stress est notre détresse. Ceux qui, par hasard, et sans doute par hérédité, supportent les plus lourdes responsabilités arrivent à nous diriger. Ce ne sont pas forcément les meilleurs. Le surhomme possédera une organisation nerveuse qui lui évitera toute angoisse, toute colère, toute usure par les conflits avec soi-même et les autres.


— Les stoïciens, déjà...


L'intelligence du surhomme

— Non, dit Bergier. Ils faisaient seulement de la littérature. Le surhomme ne perdra pas son temps à écrire des traités de morale.

Je continue. Le deuxième trait du surhomme sera d'utiliser non pas comme nous le dixième de son cerveau, mais les trois quarts ou les neuf dixièmes. En conséquence, il sera infiniment plus heureux que nous. On a écrit beaucoup de sottises sur le bonheur. C'est l'intelligence qui fait le bonheur. Le plein usage de l'intelligence et le contact avec d'autres intelligences procurent les joies les meilleures et les plus stables. Le troisième trait sera la volonté. Une volonté suffisante pour se conduire intelligemment quelles que soient les circonstances. Notre existence est gouvernée par la bêtise : la nôtre et celle des autres. Ce que pourront être la vie privée et la vie sociale d'êtres doués d'une volonté fixe pour écarter l'idiotie, cela dépasse mon imagination.

Il y a un troisième trait bis : la volonté sur le corps. La volonté est un énorme mystère, et le surhomme aura ce qui nous manque : la volonté de la volonté. Je ne lui vois pas de passions, sauf celle-là, qui est suprême.

Savez-vous ce que peut la volonté sur le corps ? Devant témoins, des hommes ont marché sur des galets chauffés à plus de mille degrés, pieds nus. J'ai été abandonné nu, debout, les bras en croix, dans une cour de Mauthausen, par moins vingt-cinq, et je m'en suis tiré en faisant des mathématiques mentales. J'ai, moi aussi, des témoins ; les cinq sur cent qui ont survécu. Connaissez-vous Stapp ? C'est un colonel de l'aviation américaine, qui faisait des expériences sur la résistance du corps aux accélérations. Il montait dans un traîneau propulsé par fusée sur des rails au-dessus d'un canal. Brusquement, les volets mobiles du traîneau s'abattaient, comme des rames dans l'eau, et le freinaient. On avait d'abord utilisé de grands singes : ils mouraient quand l'accélération atteignait huit fois la pesanteur terrestre. C'est-à-dire quand ils pesaient une tonne au lieu de cent vingt-cinq kilos. Stapp s'est porté volontaire. Il a d'abord atteint la limite où les grands singes claquaient. Puis il a décidé d'aller au-delà, en s'imposant de ne pas mourir. Il a eu un œil arraché et la colonne vertébrale déformée, mais il est parvenu à vingt-deux fois l'accélération de la pesanteur. Quand on l'interrogeait, il répondait « C'est le pouvoir de la prière. » Il était pasteur méthodiste dans le civil.

— Le surhomme sera-t-il pasteur méthodiste ?

— Ce n'est pas ma conclusion, car le surhomme sera intelligent et heureux. Ma conclusion est que la chair, irriguée par une puissante volonté continuelle, n'est plus tout à fait de la chair humaine.

— De même que la conscience, gouvernée par une intelligence constante, n'est plus tout à fait une conscience humaine. Mais nous n'avons pas d'exemples d'une intelligence fonctionnant en courant continu. — Peu d'exemples. « J'avance, monté sur les épaules de géants », disait Newton, alchimiste et physicien. Il y a des exemples, de Raymond Lulle à Wiener, de Swendenborg à Steiner, mais nous nous en détournons instinctivement. « Je ne veux pas le savoir » est un réflexe profond qui nous- tient somnambules et nous évite le vertige sur la corde tendue.

Le surhomme et la maîtrise des probabilités


Je continue. Le surhomme aura développé des pouvoirs psychologiques qui n'existent chez nous qu'en latence. Ses rapports avec le temps seront différents. Nous avons tous un peu de prémonition. Il nous arrive d'entendre vaguement le ressac du futur. Mais personne ne sait ce qu'est le temps. Je crois qu'il y a le temps relatif, et une durée absolue derrière le temps. Notre esprit emprunte parfois la voie d'accès vers la durée absolue, par hasard, et en sort aussitôt. Nous ne savons pas produire le phénomène à volonté. Le surhomme saura. Il aura la maîtrise du temps. Et donc aussi la maîtrise des probabilités, car temps et probabilités sont liés. Ceux d'entre nous qui peuvent apercevoir l'avenir ne distinguent sans doute pas un avenir fatal, mais des avenirs probables. La maîtrise du temps, c'est pouvoir choisir entre les probabilités, parce qu'on les contrôle. Le Suédois Forwald estime avoir démontré que certains sujets influencent la chute des dés. Ils contrôlent la probabilité. Ils obligent les dés à présenter plus souvent une face qu'une autre. Les expériences de Forwald sont très discutées, mais elles éclairent ce que je veux dire par « commande des probabilités ». Le pouvoir sur la nature et sur autrui d'êtres qui posséderaient la commande des probabilités est difficile à concevoir. Imaginez cela appliqué à la chimie, à la biochimie, à la physique nucléaire. A notre échelle, nous verrions d'abord que ces êtres ont toujours de la chance, et qu'ils portent chance.

— Qu'est-ce que la chance ? Je vais vous dire un secret sur moi, qui m'effraye parfois, qui gouverne toute ma confuse alchimie interne. Les champs de force de mon destin sont aimantés. J'en suis sûr. Je sens au fond de moi l'aimant bouger et fonctionner. Il ne m'est jamais arrivé que ce que j'ai souhaité. Ou, plutôt, je n'ai jamais souhaité, d'un souhait irrépressible, que ce qui allait m'arriver. Et je porte chance. Tous ceux qui s'agrègent à mon destin ont de la chance.

— Celui qui a des oreilles pour entendre perçoit le chant lointain du surhomme qui vient. La vie lui est un enchantement : une chance, même dans les pires épreuves. Mais « la vie crache dans l'oreille des sourds ». Je vous offre ce proverbe de ma composition.

— Prendrez-vous du café ?

— Non, mais volontiers encore un peu de crème au chocolat. Le cher petit homme, qui aime les chats, lapa son écuelle avec des aspirations précipitées, renfonça dans le veston sa cravate qui lui tient lieu de serviette et se remit en position de phoque qui médite, variété nordique du Sphinx.


Un Supérieur Inconnu incognito


Il est entendu, reprit Bergier, que les seuls problèmes qui comptent sont ceux que l'on peut résoudre. Mais les questions sans réponse se posent tout de même. A mon avis, rien d'extérieur ne distingue le surhomme de nous-mêmes. Le surhomme n'est-il pas déjà parmi nous ? Ne passe-t-il pas sur les Champs-Elysées, en ce moment, sous la baie vitrée du restaurant ? Les traditions occultes parlent des Supérieurs Inconnus. La tradition juive, des Maîtres du Nom. La tradition alchimique, des mutants qui ont accompli le Grand Œuvre. Les preuves manquent. Mais elles doivent nécessairement manquer. Celui qui atteint l'échelon au-dessus de l'homme ne doit pas avoir la moindre envie de se faire repérer en tant que tel. Les exemples du Christ, ou d'Einstein, ne sont pas encourageants. L'un torturé, l'autre si écœuré qu'il disait « Si c'était à refaire, je serais plombier. » Je ne vois pas du tout le surhomme en génie public. Dans ces conditions, comment détecter un être qui se contente de vivre intensément, qui n'intervient pas dans notre vie quotidienne et qui n'a aucun besoin de nous ? Qui ne voit jamais le médecin, qui change facilement d'état civil et de profession, qui peut gagner sa vie en écrivant un livre à succès ou en faisant quelque invention dont les revenus sont garantis dix-sept ans par le brevet ? Il y a des disparitions mystérieuses et des gens très mystérieux.

— Ce Rosenkrantz, qui, au XVIIe, bâtit un manoir dédié à la liberté, au bord d'un fjord norvégien, s'entoura de milliers de livres, et cultiva sous ses fenêtres un jardin de roses entre mer et neige ? Ce Français d'aujourd'hui, inapprochable, qui navigue depuis des années le long du Groenland et dans l'Arctique, sur un trois-mâts de rêve ?

— Si mes journées avaient soixante-douze heures, j'aurais le temps de vous détailler mille autres cas. Mais, bref, quand l'humanité entière, par la science, aura fait un bond vers l'intelligence surhumaine, des historiens et des archéologues supérieurs détecteront leurs ancêtres surhommes dans le passé. Tel livre en apparence insignifiant ou incompréhensible, rejeté et oublié depuis longtemps, par exemple, leur révélera que l'auteur avait marché tout le long de la corde tendue sur l'abîme.

http://bouddhanar.blogspot.com/2012/08/le-surhomme.html

14 commentaires:

David Suckerfeller a dit…

Hollywood semble promouvoir ces "super-humains" notamment dans le film "Prometheus" dans lequel semble-t-il les Ingénieurs (super-humains) n'ont pas supporter que Nous ayons cessé de les suivre après l'arrivée de Issa (Jésus-Christ).
Ce à quoi ils ont décidé de nous remplacer par leur nouvelle création: Alien.

Partages-tu cette analyse Rorschach?

Hassin a dit…

J ai la chance d habiter dans les anciens locaux de l association Jaques Bergier, et j ai pu me procurer presque l integralite des ecrits de ce monsieur, vu que beaucoup des volumes trainaient encore dans la Cave, hehe, un tout grand homme, et un grand savant, responsable de la decouverte de l eau lourde pour les reacteurs nucleaires, je conseille vivevement a tout un chacun de lire" La guerre secrete du petrole", revelations explosives assurees. Bonne lecture.

Rorschach a dit…

@ David Suckerfeller

Tout ce que je sais c'est que les entités démoniaques qui régnent sur le genre humain veulent se faire passer pour nos créateurs et qu'on les adore comme des dieux.

J'ai pas encore vu Prométheus.

David Suckerfeller a dit…

Le problème avec Prometheus est que Ridley Scott l'a réalisé comme un puzzle, et c'est à nous de découvrir le message.
Une chose est sure c'est qu'il y a 2000 ans, les ingénieurs ont décidé d'exterminer les Humains.
Et là deux lectures sont possibles:
1.C'est la mort de Jésus qui a provoqué cela, or ça voudrais dire qu'Hollywood défendrais Jésus Christ!???!

C'est pour ça que j'ai opté pour la deuxième solution.

Les ingénieurs, même s'il n'en reste qu'un dans le film (un hasard?), apparaissent alors comme des Antéchrist, et Alien comme un ange exterminateur.

Rorschach a dit…

L'alien est une entité étrangére implantée par les co-créateurs de l'homme. Il émerge du corps de sa victime,cela signifie qu'il représente le Mal tapi en chaque être humain.

Il sert d'épreuve de passage, les humains doivent dépasser leurs limites pour survivre.

Seuls les meilleurs, c'est à dire ceux qui sont plus forts, plus rusés que l'Alien seront dignes de survivre.
L'Alien sert donc à départager le bon grain de l'ivraie, l'élite de la masse.

David Suckerfeller a dit…

Ton analyse colle au film, ce qui est un exploit vu que tu n'as pas vu ledit film. Mais je te conseille de le voir quand même car un élément peut te surprendre (GROS SPOILER!)

Hassin a dit…

Prometheus et Alien ont ete plutot cree Par l esprit torture et clairvoyant de H.R. Giger, les sequelles psycholoqiques de Hiroshima et tchernobyl, dans l inconscient collectif l ont pousse dans les annees 80 a cree les "Enfants Atomiques", enfants mutants imaginaire d un futur devaste par les radiations, puis il est passe dans ses series de " Biomechanoides", Hybrides Hommes-machines, Ridley Scott et Dan O Bannon s en sont largement inspire pour le scenario d Alien, et plus tard de Prometheus.

Hassin a dit…

Il y a egalement l opposition Sexe - Mort, sous jacent dans Alien, mais evident dans Prometheus, l acte de creation implique la mort. D ou certainement le mythe de Promethee.

Fred a dit…

Bizarre: j'avais vu dans ce blog une video sur William l'antéchrist
Quelques heures plus tard: plus rien

Ai-je rêvé? Non
Que s'est-il passé?

Now (Apocalypse!), chacun, avec Google, peut savoir quelles sont les hypothèses de la conception de antéchrist, notamment l'intégration d'une partie de chaîne d'ADN, prélevé sur un fameux linceul pour créer un "monstre" humain magnifique et "normal"

29.9.08: remember W.-S. 777!

Fred a dit…

merci la censure...

Rorschach a dit…

@ Fred
Je confirme que tu a révé ;)

David Suckerfeller a dit…

@ Hassin
certes mais comment expliques-tu que l'ingénieur n'est en réalité qu'un homme ayant fusionné avec la technologie? Et comment expliques-tu que dans Prometheus les ingénieurs vénéraient les Xénomorphes?
http://culturevisuelle.org/igenerations/files/2012/06/prometheus_screencap49.jpg

Hassin a dit…

D apres la plupart des theories, Les ingenieurs ne veneraient pas les xenomorphes, mais les creeaient comme armes biologiques, cette image prouve tout au plus qu ils ont integre le design d alien dans les decors, et les ingenieurs ne sont pas enchaines a leur machines, comme dans le premier alien, dans prometheus, les machines leur servent pour la cryogenie, et pour le pilotage. Mais j imagine que bocoup sera revele avec la suite de Prometheus.

David Suckerfeller a dit…

Comment expliques-tu alors qu'il y a une idole d'Alien dans le film? A-qui était-elle destinée si ce n'étais pas aux ingénieurs?

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Commentaires fermés

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