mercredi 15 août 2012

Roman : “Les oubliés du Jugement Dernier”

Roland Hammel vient de sortir en librairie un livre intitulé « Les oubliés du jugement dernier » qui essaye de décrire ce que peuvent penser rétrospectivement des survivants aguerris mais désabusés de ce qui vient de leur arriver.Roman de fiction ou oeuvre visionnaire ? L'avenir nous le dira...

Dans ce monde imaginé par Roland Hammel, les rares survivants de l’espèce humaine se croisent parfois aux hasards des errances :

Parfois ils coopèrent un peu, parfois ils sympathisent, mais le plus souvent ils s’évitent ou s’affrontent. S’ils sont là, c’est qu’ils ont réussi à survivre, et ça tient du miracle. Il leur a fallu beaucoup de courage, il leur a fallu tuer pour ne pas être tués, il leur a fallu endurer les pires des privations, les terreurs sans noms, affronter ce qui se cache derrière le graal. Il leur a fallu beaucoup de chance aussi, faire preuve de différentes stratégies pour espérer se nourrir :

« …il fallait creuser des galeries au pic, à la barre à mine, sans oublier les pinces « monseigneur », pour aller exploiter un filon de boites de corned beef, de cassoulet ou de bidons d’huiles « taille familiale » tous écrasés et encastrés dans les tringles métalliques des rayonnages…Trois tunnels bien étayés à l’aide de poutrelles d’acier et toute sorte de bric à brac, entraient en pente douce dans les entrailles de la colline où l’herbe nouvelle plongeait ses racines. Ça piochait dure au fond. Des gars remontaient des brouettes de terre, d’immondices compactés et de morceaux de béton, de la ferraille découpée…Leur campement était sur place.

Trois gars et une fille étaient aux marmites sur des feux entre des briques. Ça sentait bon. Un mélange de riz trop cuit et huileux avec des olives, du corned beef, du concentré de tomate, des champignons de Paris et des fayots rouges… La soirée a été belle. Il faisait toujours un temps clément, on était affamé, on a mangé chaud, on a fumé la locale des versants sud des Alpes, deux guitares douées ont repris des vieux trucs du début des années deux milles, d’autres tapaient sur des bidons et quelques comiques nous ont fait pleurer de rire… »

Mais il fallait aussi ne pas se couper des autres, malgré la peur qui les rongeait :


« Il y avait avec eux un couple de solitaires, un homme et une femme. Almir s’est tout de suite levé et nous a approchés.

« – Ne vous inquiétez pas, il y a un petit changement. On les connaît depuis trois ans, ils viennent souvent pour des échanges et on a confiance en eux. Ernest vous a fait une lettre. »

…Il fallait se décider, et vite. Accepter, c’était faire confiance par délégation et rester sur nos gardes durant le voyage. C’était peut-être aussi la chance de se faire des alliés solides pour le futur. Dire non, c’était vexer sérieusement les amis de nos amis et aussi se priver de leur capacité de défense et de transport ou d’autres compétences utiles qu’ils avaient peut-être… »

La situation qu’il nous décrit n’a plus grand-chose à voir avec celui que nous connaissons aujourd’hui :

De gros cailloux venus de l’espace, quelques tremblements de terre et éruptions volcaniques ont changé complètement le paysage. Si les tissus vivants se renouvellent ou s’auto-réparent, les scléroses de matière morte telle que le goudron ou le bêton restent témoigner de la catastrophe :

« …Des limons déposés par des inondations successives avaient accompagnés des dépôts d’ordures, d’ossements, de matières huileuses, de plastiques comprimés, de cadavres, de tôles, de gravats, recouvrant d’au moins un mètre le goudron et le béton, semblant devoir se solidifier et remplacer l’ancien niveau du sol de cet immense cimetière de méga-hangars, de monstrueuses cuves où semblaient bouillir toutes les triturations de l’enfer, forêts de tuyaux, de grues, de ponts roulants à trente mètres de hauteur, de transformateurs et de relais pour dispatcher autrefois des mégawatts dans toute les artères de cette gorgone énergivore, cette gueule à l’haleine brûlante, cette cité de l’ordure, cette broyeuse de consciences, mangeuse de vies. Abel trouva un truc à dire, pour casser le silence qui nous tenait depuis le départ :

« – si dans le futur des géologues d’une autre espèce évoluée doivent nommer la couche qui correspond à la période humaine, ils l’appelleront le poubellien… ».


Pour Roland Hammel, traverser tout cela, ça nettoie, ça décape… :
Le cerveau est finalement bien plus sollicité à la survie de chaque jour, qu’il ne l’était à suivre les innombrables chimères de la vie du dernier siècle. Le sens inné du bien et du mal, ce bon sens commun, n’est lié ni à la religion, ni à la civilisation… :

« …Par endroit, on traversait une campagne qui avait été belle avant d’être couverte d’usines, d’entrepôts, traversée de lignes à haute tension dans tous les sens, qui se croisaient…On avait peine à croire que nous aussi, on avait été pris dans cette folie collective, qu’on avait fait la queue aux caisses de ces supermarchés en poussant un chariot, accumulé des points sur une carte de fidélité et récupéré la pièce de consigne en sortant, la tête farcies de pubs insipides. Aujourd’hui, on avait plutôt l’impression de visiter le musée chaotique et absurde d’un monde complètement étranger, dont les anciens acteurs s’entêtaient à continuer leur numéro d’homo sapiens urbanisé en parsemant les gravats de leurs os grisâtres et grimaçant des sourires larges et satisfaits dans lesquels poussaient de l’herbe et des fleurs….

Il a fallu deux jours pour traverser ce cimetière sans problèmes, en croisant de loin quelques silhouettes malades, quelques ombres fantomatiques, sans contacts ni menaces, pauvres âmes accrochées au passé, finissant de sombrer dans la folie avec leurs anciens dieux, accrochées encore aux débris et à l’illusion d’être des humains parce qu’ils se souvenaient d’avoir autrefois participé à ce grand merdier.

Arriver en vue des montagnes était donc bienvenu pour le moral. Ici au moins, on pouvait poser le regard sur quelque chose de rassurant… »

C’est par le biais d’un survivant qui nous parle à la première personne, que l’auteur nous fait connaître ses amis :

Ils refont le monde, le soir devant un feu. Ils essaient parfois de trouver des explications à ce naufrage… :

« J’y avais un peu pensé dans nos longues marches d’altitude, quand mon esprit vagabondait pour ne pas écouter les douleurs de mes jambes…. Et ce n’est pas mes discussions avec l’Archange qui allaient me calmer ! …Il y a le spectacle permanent de Notre désastre, de Notre propre cataclysme, de Notre auto génocide. Et merde ! Il faut continuer à assumer au fond de nous, le fait qu’on s’est auto exterminés. Impossible d’être froid et neutre devant tout ce qui rappelle l’hécatombe, on est obligé de tourner les yeux, de se taire, ou d’en rire… Un pont tombé, c’est le tremblement de terre, ok, mais les éclats de balles et de mortiers sur les piliers et les façades alentours, ça c’est nous.

Quelques immeubles tombés comme des châteaux de carte, un gros cratère brûlé, c’est les géocroiseurs, d’accord. Mais les cadavres et les ossements dispersés partout, les traces de pillages, les restes de guenilles et les quelques vertèbres qui se balancent encore à des cordes, c’est nous…Être condamné à vivre sur les monceaux de cadavres pourrissants, voilà le sort des élus ? Je me rappelle que je vivais autrefois entouré de fantômes inconscients, et ça m’aide un peu, comme si l’expérience d’une certaine lucidité m’avait préparé un peu à ça !

Et puis, il y a le constat partout de Notre égarement, de Notre grand et magistral aveuglement, de ce qui s’est passé avant…. Quand on aurait du gérer notre monde avec sagesse et qu’on a tout vilipendé, tout détruit, tout saccagé sans penser aux générations futures…. »

http://effondrements.wordpress.com/2012/06/22/les-oublies-du-jugement-dernier-de-roland-hammel/


 Site de l'auteur :
http://www.rolandhammel.com/

1 commentaires:

Xavier Depessemier a dit…

Il a l'air superbe ce livre. Je m'en vais l'acherter

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