dimanche 14 avril 2013

Récit : Rencontre avec un sage tibétain

Theodore Illion raconte ses aventures dans le Tibet déguisé en autochtone.



Les méthodes médicales “infaillibles” des guérisseurs professionnels sont à la disposition de quiconque voulant user de leurs services, qui sont, bien sûr, rendus contre paiement en espèce ou en nature. En revanche, les hommes sages du Tibet n’affirment jamais que leurs méthodes pour guérir les maladies sont infaillibles. Néanmoins ils possèdent des méthodes pour soigner les maladies qui ont des effets presque miraculeux, mais, contrairement aux habitudes des guérisseurs professionnels, ces hommes sages ne font jamais rien dans le but d’obtenir quelque chose, et refusent absolument de mettre à la disposition de tout le monde leurs méthodes merveilleuses pour soigner les maladies.

Aux yeux d’un occidental cette attitude semble être plutôt brutale et on doit examiner cela très attentivement, avec une très grande largeur d’esprit, pour trouver une explication et une excuse, mais laissez moi souligner le fait que ces hommes sages qui ressentent si intensivement la souffrance des autres le font dans un esprit de sacrifice.

J’eus mes premières expériences avec l’un de ces sages guérisseurs – je les avais déjà rencontrés avant, mais jamais vu dispenser des soins – dans le district de Tokdjalung, lorsqu’une pierre est tombée d’un flanc de montagne et aurait certainement tué un tibétain qui passait si un jeune homme, avec une grande présence d’esprit, ne l’avait pas poussé sur le côté au dernier moment, lui sauvant sa vie. Malheureusement le sauveteur se souciait tant de sauver la vie de l’étranger que dans son élan de générosité il en avait oublié sa propre sécurité. Une plus petite pierre, qui tomba juste après la grosse, a brutalement écorché son bras droit, de son épaule jusqu’à son poignet, déchirant sa peau et lui infligeant une profonde plaie dans sa chair, d’au moins cinquante centimètres de long.

Le pauvre homme souffrait d’une douleur terrible et perdait tellement de sang que ses habits en étaient trempés jusqu’à ses genoux, avant qu’aucun des témoins n’eut le temps de lui porter secours.

Personne n’avait quelque chose pouvant être utilisé comme pansement et j’allais à cet instant même prendre mon paquet de terre radio-active que je portais dans ma poche de chemise de mes habits tibétains, avec l’intention d’étendre son contenu sur la plaie et faire un pansement rudimentaire en prenant une partie de mes habits, lorsque je fus arrêté par un tibétain qui avait été témoin de l’accident. J’ai immédiatement noté le fait qu’il était scrupuleusement propre – un phénomène très étrange au Tibet – et toute son allure était majestueuse, et humble cependant – ce mélange étrange de pouvoir conscient et d’humilité qui caractérise tous les hommes réellement grands. Son visage n’était pas jeune, et pourtant il n’avait presque pas de rides. Il avait des yeux noirs magnifiques, et des larmes de sympathie coulaient sur ses joues.

Lorsqu’il a dit, “Arrêtez ; laissez-moi faire,” cela ressemblait à une douce sollicitation, mais le son de sa voix cristalline semblait aller droit au cœur.

Il est allé près du jeune agonisant. Il a doucement touché ses cheveux et joues. Le sang coulait maintenant sur les habits de celui qui apportait son aide, mais il ne semblait pas y penser. Avec une tendresse infinie, il a caressé la tête du jeune homme. La douleur devait avoir disparue comme par un coup de baguette magie. Le garçon, qui gémissait de douleur quelques secondes auparavant, a levé les yeux et a souri.

Puis cette personne a saisi son bras et a fait des passes au-dessus. Je serais incapable de dire s’il a effectivement touché la plaie ensanglantée ou si sa main est passée au-dessus à environ trois centimètres de haut. Quoi qu’il en soit, le sang a instantanément arrêté de couler.

Puis la personne qui apportait son aide a déchiré un morceau de son propre habit qui – contrairement aux vêtements des autres tibétains – semblaient être constitué d’un seul morceau de tissu. Il a fait un pansement autour de la plaie. Le jeune homme continuait à sourire. Toute la douleur avait disparue comme par magie.

“Maintenant, mon cher garçon”, a dit l’homme avec des yeux brillants, “va. Si tu as de bonnes pensées – et tu en auras, je ne doute pas, toi, gentille créature au bon cœur – ta plaie guérira en quelques jours.”
“Merci,” bredouilla le jeune homme.


“Ne me remercie pas,” répondit celui qui apportait son aide. “Remercie-toi toi-même. L’amour t’a guéri. Tu as donné de l’amour et l’amour t’a aidé. Vis de telle sorte que je ne puisse jamais regretter de t’avoir aidé. Kale peb [Au revoir].”

Ces mots, prononcés avec un amour et une gentillesse infinie, étaient aussi une injonction. Des larmes d’émotion et de gratitude coulèrent sur le visage du jeune homme lorsqu’il s’en est allé.

C’est étrange de le dire, mais les tibétains qui ont souvent des larmes de joie et de pitié, montrent rarement des larmes de douleur et n’expriment pas la tristesse ou l’angoisse mentale.

Les autres tibétains n’ont pas prononcé un mot. Ils n’ont pas osé regarder le saint homme, et lorsqu’il leur a dit “Au revoir” ils se sont retirés tremblants et frappés par la crainte de cette présence.

Je fus le seul à rester à l’endroit de cette guérison presque miraculeuse.

Il s’est un peu approché. Ses yeux magnifiques étincelaient. Quand j’ai regardé en eux, j’ai oublié le passé, le futur, et suis intensément devenu conscient du présent.

“Je dois faire un bon médecin, n’est-ce pas ?”, demanda-t-il en souriant.

Comme c’est étrange ! Il avait exactement exprimé la pensée qui avait traversé mon esprit quelque secondes auparavant.

“Oui,” ai-je répondu. Quel était l’intérêt de garder l’attitude d’homme sourd-et-muet en la présence de quelqu’un qui pouvait lire dans les pensées des autres ?

“Et pourtant je ne guéris les gens qu’en des cas assez exceptionnels,” continua-t-il. “À quoi cela servirait si, par exemple, je soignais une personne tombée malade parce qu’elle mangeait excessivement ? Ceci dit, les gens ne se suralimentent pas aussi souvent au Tibet qu’en Occident.” Il me fit un grand coup d’œil.

Je n’ai pas pu m’empêcher de me détourner légèrement de lui.

“Ne sois pas mal à l’aise,” a-t-il dit, “je ne te dénoncerai jamais. Les gens de mon type ne sont pas susceptible de trahir qui que ce soit.”

Je me suis senti plutôt rassuré.

“Eh bien,” continua-t-il, “Je ne dois guérir une personne malade par suite de suralimentation que dans le cas où je sens qu’elle ne recommencera pas à manger juste après avoir retrouvé la santé. Il y a des personnes qui utiliseraient l’aide donnée d’une telle façon qu’elles deviendraient encore plus néfastes pour les autres et encore plus cruelles pour leurs propres pauvres corps. Mais,” ajouta-t-il, “il y a des exceptions. Moi-même, je viens de guérir quelqu’un. Tu l’as vu.”


“Tu as pas aidé le jeune homme,” ai-je dit. “Aurais-tu aidé l’homme qu’il a sauvé ?”


“Ne pense pas que je sois brutal, ami, quand je te dis ne pas devoir l’aider.”


“Parlez-vous sérieusement ?”


“Ce que je dis, je le dis toujours sérieusement.”


“N’est-ce pas une attitude sévère et cruelle ?”


“Cela peut le sembler si tu regardes les choses superficiellement. Mais en réalité, ce ne l’est pas. Tous les malheurs qui nous incombent sont de notre propre facture – le résultat de mauvaises pensées et les mauvaises actions. Nous récoltons ce que nous semons. L’homme pour qui la pierre était destinée fut sauvé cette fois, mais tôt ou tard il sera dans la même situation. Si ce n’est pas dans cette vie, ce sera dans une vie future.”


Et combien ai-je compris cet homme ! Parfois je ne pouvais saisir le sens de plus de trois ou quatre mots dans toute une phrase, et pourtant je comprenais tout ce qu’il disait.
“Ne devrions-nous pas combattre le mal ? Ne devrions-nous pas combattre la guerre, par exemple,” lui ai-je demandé.


“La guerre est la conséquence de mauvaises pensées, de l’égoïsme de l’homme,” a-t-il répondu. “Nombre de personnes ont un cœur belliqueux. Ils combattent diversement, constamment, ceux qui sont autour d’eux, et en même temps ils parlent de paix. Si les gens sont contre la guerre parce qu’ils ont peur de la guerre leur résistance n’a pas de valeur. Nous ne devons pas combattre les symptômes, nous devons changer nos cœurs.”
J’ai réalisé que cet homme n’avait presque aucune chance d’être compris, quel que soit le pays dans lequel il fut.
La gentillesse [NdT : "kindness", plus proche de bienveillance/douceur] des hommes sages du Tibet est une gentillesse qui vient de la force. C’est impersonnel dans le sens le plus large, c’est juste et c’est le signe d’une vision étendue, tandis que la gentillesse des autres tibétains, notamment celle des nombreux prêtres, pèlerins, et soi-disant idéalistes, est une gentillesse née de la faiblesse. Elle est essentiellement bornée et égocentrique, ses effets sont globalement désastreux, parce qu’elle camoufle les symptômes, ce qui fait que les gens en oublient totalement leur situation intrinsèquement pourrie, venant de la mauvaise conception de la vie qui a produit ces symptômes.

Par rapport à la population totale du Tibet, qui s’élève probablement à plusieurs millions d’individus, le nombre de ces sages tibétains est excessivement petit. Il est probablement très inférieur à mille.

Ils sont grandement respectés par la population, bien qu’ils ne font jamais le moindre effort pour être populaire.

L’opinion des autres est tout à fait négligée par les hommes sages du Tibet, alors que les existences des autres tibétains, vides de sens, portent la marque des opinions d’autrui.

La popularité des hommes sages du Tibet est énorme. Le simple fait d’avoir obtenu le privilège de discuter avec eux confère une certaine distinction aux yeux de la masse des tibétains. Puisque certains tibétains m’avaient vu discuter avec l’homme saint après la guérison du jeune homme, cela pouvait me donner tant de prestige et me rendre l’objet de tant d’attention dans le district que l’homme sage – qui, bien sûr, savait que j’étais un occidental – m’a conseillé de quitter ce district aussi vite que possible, et m’a pour cela aidé par tous les moyens possibles.

Cependant, avant de partir avec lui, je lui ai demandé :

“Penses-tu être grand ?”

Il a souri. “Rien n’est élevé et rien n’est bas, mon ami,” a-t-il répondu. “L’insecte est tout aussi important qu’un petit homme ou un soi-disant grand homme. Il y a autant d’agitation dans une bouilloire d’eau bouillante que dans la création ou la destruction de l’univers. Tout est relatif. Il y a simplement le passage et l’éternel. Que restera-t-il des os du plus grand des hommes dans six mille ans ? Pas même leur mémoire ne peut survivre. Tout est relatif, mon ami. Je ne suis pas plus grand que l’oiseau dans le ciel ou le ver dans la terre. Seule la vie continue. La forme est immatérielle.”

Ces hommes ne veulent pas être respectés, pourtant ils sont respectés. Dans leur cœur ils sont comme des enfants, c’est-à-dire, espiègles et simples. Ils semblent éviter l’écueil majeur dans la voie d’une personne qui s’élève spirituellement, à savoir l’arrogance spirituelle. Ils sont des humbles serviteurs de l’humanité, sans aucune prétention, même subtile, d’avoir un rang spirituel ou une éminence propre.

Il y a des tibétains qui tirent avantage du grand prestige des vrais ermites du Tibet en faisant des efforts pour se donner une allure extérieure similaire, prétendant être de vrais ermites. Même les lamas trouvent souvent utile de prétendre être ermite afin d’accroître leur autorité. Ils se retirent dans la solitude pendant plusieurs années et deviennent “ermites” en dehors des monastères dans le but d’être mieux respecté et d’obtenir des promotions des rangs supérieurs du sacerdoce tibétain.

L’observateur attentif distinguera très facilement les deux types. Il y a une différence entre le vrai ermite tibétain et ceux qui prétendent être ermite à des buts égoïstes. Dans l’ensemble, les vrai ermites sont bien plus inaccessibles que les ermites de l’autre genre. Ils apparaissent seulement lorsque ils savent formellement qu’il est d’une certaine utilité de se montrer, dans de rares cas, pour enseigner ou aider quelqu’un.

Les voyageurs peuvent visiter les parties les plus inaccessibles du Tibet, là où les ermites vivent vraiment. Ils peuvent se rendre à quelques centaines de mètres seulement de leurs humbles demeures sans que jamais ils ne les rencontrent, si les ermites ne désirent pas se montrer. Les vrais ermites ne sont jamais de sortie pour satisfaire la curiosité des personnes. Ils donnent parfois des informations, mais lorsqu’ils font cela ils ont toujours des buts constructifs en vue.

Pratiquement tous les prétendus ermites du Tibet, qui vivent dans de petites cellules creusées dans le roc, et qui passent souvent de nombreuses années dans le noir total, ne sont pas des ermites authentiques. Tous les jours ces pseudo-ermites reçoivent de la nourriture et ne voient jamais la personne qui en apporte, pour que l’isolation soit complète.

Pour les vrais ermites, il n’est pas nécessaire de s’adonner à une pratique externe quelconque, comme de s’enfermer dans une obscure cellule, pour pouvoir se concentrer. S’ils se réfugient dans la solitude c’est dans le simple but d’éviter d’entrer en contact avec les curieux.

Cependant, toutes les véritables personnes de type “ermite” ne se montrent pas sous la forme visible d’un ermite. Certains d’entre eux ne vivent pas du tout dans la solitude et ressemblent à des êtres humains ordinaires, seuls les autres ermites peuvent donc les reconnaître. Il n’y a vraiment pas de signe extérieur grâce auquel de telles personnes peuvent être reconnues. C’est un fait curieux que parfois, lorsqu’il en ressent le besoin, un vrai sage ermite se glisse sous des habits crasseux. Il peut le faire, par exemple, dans le but de guérir les gens de l’adoration des formes visibles des grands hommes.

Il y a même un petit nombre de personnes du type “ermite” véritable qui vivent à l’intérieur des monastères tibétains, en tant que lamas. Les lamas, qui ont transformé la religion en business, ou qui sont “spirituels” parce qu’ils en attendent une récompense subtile, ne réaliseront jamais la vraie nature de l’autre mission et type de spiritualité. Il est probable que les lamas qui m’ont sauvé dans le monastère appartenaient à cette catégorie.

Les vrais ermites n’effrayent jamais délibérément les gens et n’essayent pas de leur faire croire en leurs pouvoirs ; mais les faux ermites font tout cela. Les ermites véritables n’ont rien à donner et rien à promettre. Ils peuvent seulement dire aux gens qui les approchent : “Regardez le monde avec toutes ses horribles comédies et souffrances, à cause de l’ignorance humaine. Les gens sont égoïstes parce qu’ils pensent à tort que l’égoïsme est nécessaire à leur bonheur. Toutes ces recherches erronées du bonheur

Theodore Illion  "Secret Tibet "

9 commentaires:

Ben.C a dit…

Si vous aimez cet article, lisez La Vie Des Maitres de Baird T. Spalding

Zangao a dit…

Theodor Illion, né en 1898 au Canada (?), mort le 4 septembre 1984 à Hallein dans le land de Salzbourg, est un auteur de livres de voyage qui prétendit être parti au Tibet et y avoir découvert une cité souterraine. Il publia ses aventures tibétaines sous ce nom, mais par la suite employa les pseudonymes Theodor Burang ou Theodore Burang et, plus rarement, Theodor Nolling pour écrire divers livres et articles sur la médecine tibétaine.

Zangao a dit…

Sur le Tibet il y a plus sérieux; Alexandra David Neel, Evariste Huc, Sven Hedin, il y en a beaucoups de sérieux, pas mal missionnaires pour l'église catholique, plus proche il y a aussi Heinrich Harrer,

Il y a aussi Lobsang Rampa si on veut attaquer les polémiques......

thanatos a dit…


Ces livres sont des œuvres de fictions basées sur les notions théosophiques en vogues à l'époque.
Lobsampg rampa à fait la même chose.
cela n’empêche que ces livres peuvent être plaisant à lire

Zangao a dit…

Sur les ermites, il faut savoir que beaucoup n'avaient pas le choix, qu'ils y étaient condamnés, que les lamas étaient pour la plupart de pauvres paysans que leurs parents miséreux envoyaient au monastère comme presque esclaves.
Le Tibet auréolé de Légende est en fait un pays féodal ou les nobles avaient droit de vie et de mort sur leurs serfs, que les amputations de doigts, de piedes, d'oreilles, de nez y étaient monnaie courante et souvent pour des fautes minimes............ Je n'aime pas les Légendes :)))

Zangao a dit…

Oui, plaisant a lire, a condition de les prendre pour ce qu'ils sont. Combien de discutions enfiévrées sur Lobsang Rampa .......... escroc parmi les escrocs, initiateur d'une pleiade de gouros.

Galérien a dit…

La Vie Des Maitres de Baird T. Spalding, très bon livre, mais il est plus aisé de croire Lobsang Rampa que, la présence de Jésus, bouddha et autres "légendes"

Zangao a dit…

Tiens, Jésus ! il y avait longtemps... quelle croix !

hujo a dit…

H.S desole...est ce que qlp peut me dire comment changer mon nickname lorsque je laisse un commentaire. Lordi a choisi "HuJO" et javoue ca ne me plait pas. Sinon oui 'la vie des maitres' tres bon livre. Mais bon...cest comme tout...croire ou ne pas croire n'est pas important finalement. Ce qui est " important" et ce qui creer des consequences et des creations dans notre vie tridimentionelle... cest notre propre croyance. Merci pour votre aide

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Commentaires fermés

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