mercredi 21 mai 2014

Ukraine : Moscou mise sur l'éclatement du pays



Qu’il soit bien clair que ce qui est exposé ici n’est qu’un scénario possible parmi d’autres tout aussi plausibles. Il se base néanmoins sur des éléments factuels comme la géographie, l’histoire, les principes élémentaires de la stratégie et de la géopolitique, ainsi que le simple bon sens.

La propagande de l’OTAN relayée par les médias mainstream fait que, très souvent, on ne retient que quelques événements déformés de la situation chaotique en Ukraine. Les déclarations tonitruantes et provocatrices des putschistes de Kiev, les réactions intempestives des Occidentaux ajoutent encore à une confusion voulue. Il s’agit donc de prendre du recul et de la hauteur pour essayer de dégager les grandes lignes de force du conflit en cours, de tenter d’y discerner une cohérence et d’en tirer d’éventuels enseignements.

Rapide panorama des forces en présence

Commencée depuis plus d’un mois, l’offensive « anti-terroriste » a fait la preuve de l’incapacité des putschistes de Kiev à reprendre le contrôle de l’est du pays et à empêcher la constitution de républiques sécessionnistes indépendantes. Elle a aussi montré l’état désastreux de l’armée ukrainienne en pleine décomposition : unités refusant de marcher contre la population civile, se mutinant, passant même à l’ennemi… Ses capacités opérationnelles s’avèrent réduites en raison de sa désorganisation consécutive au manque chronique de moyens, à l’incurie et à la corruption endémiques de son commandement, à la démoralisation de troupes ne comprenant pas ce que l’on attend d’elles… ou ne le comprenant que trop bien.

D’où la nécessité, depuis le début des troubles dans l’est, d’adjoindre aux unités militaires et policières des escadrons de la mort néonazis et les mercenaires d’Academi, pour les renforcer et surtout pour les surveiller et les purger de tous les éléments douteux aux yeux du nouveau régime. Mais, en raison de leurs effectifs, de leurs équipements insuffisants ainsi que des carences criantes de l’armée ukrainienne, ces forces ne peuvent qu’engager des opérations limitées avec des résultats mitigés…

En face, les forces pro-russes ont démontré, dans la durée et dans la profondeur du territoire qu’elles contrôlent ou utilisent presque impunément, leurs capacités à défendre les régions de l’est, à étendre l’influence des nouvelles républiques autoproclamées et même à mener ponctuellement des offensives. On n’est pas là en présence de groupes romantiques et informels mais de véritables unités combattantes. Abattre des hélicoptères de combat, détruire ou s’emparer de chars d’assauts et de véhicules blindés, tenir tête aux mercenaires bien formés et bien équipés n’est pas à la portée d’amateurs même chanceux. Il est indéniable que ces forces bénéficient des conseils, de la formation et de l’encadrement de forces spéciales russes.

Évolution prévisible à court terme de la situation

Russes et Américains se garderont bien d’intervenir directement en Ukraine pour éviter tout risque d’une conflagration incontrôlable. Ils se livreront donc, par Ukrainiens et mercenaires ou forces spéciales interposés, à une guerre de basse intensité. L’incapacité chronique de l’armée ukrainienne et les faiblesses des « forces armées » des nouvelles républiques et des escadrons de la mort interdisent d’ailleurs à leurs commanditaires respectifs de recourir à une autre forme de guerre. Celle-ci, pour être informelle, n’en sera pas moins meurtrière.

Les dirigeants de Kiev vont procéder à une épuration aussi large que féroce de leurs forces armées et de police pour juguler tout risque de coup d’Etat militaire et faire avancer les unités par un régime de terreur entretenu par des commissaires politiques issus des formations néonazies. Les escadrons de la mort ukrainiens s’avérant insuffisants, tant en nombre qu’en valeur militaire, on va rapidement leur adjoindre des contingents de combattants étrangers issus de la mouvance néonazie européenne (de l’Atlantique à l’Oural) et de djihadistes exfiltrés de Syrie ou en provenance du Caucase et d’Asie centrale. La présence d’un certain nombre de leurs représentants lors des affrontements sanglants du Maïdan en janvier/février indique que cette option était envisagée depuis le début des événements.

Pour les Russes, il s’agira d’éviter la création d’un front de type caucasien sur leurs frontières occidentales en favorisant la création d’un glacis défensif constitué par les nouvelles républiques sécessionnistes que Moscou soutiendra activement mais discrètement. Sur un plan militaire, leur objectif prioritaire étant de ne pas se laisser engager dans un bourbier militaire comme l’espèrent les Américains.

Des nécessités stratégiques incontournables

L’absence de reliefs, d’obstacles naturels conséquents dans l’est du pays, la nécessité de disposer d’une certaine profondeur stratégique imposent militairement de porter le glacis protecteur des républiques sécessionnistes à la hauteur du Dniepr. Moscou s’efforcera de leur en fournir les moyens puisque assurer la sécurité de ces républiques c’est également assurer leur survie et offrir aux Russes l’indispensable glacis défensif en Ukraine face aux forces de l’OTAN et aux menaces d’infiltrations terroristes.

Dans cette configuration, Dnepropetrovsk devient alors un verrou stratégique incontournable. S’en emparer permettrait de sécuriser l’angle nord-ouest du territoire contrôlé par les républiques sécessionnistes ; il est d’ailleurs probable qu’elles tenteront aussi d’établir plus au nord une zone tampon le long de la Psel, affluent du Dniepr selon un axe Soumy /Potlava pour protéger Kharkov. Dnepropetrovsk permet également le contrôle de l’axe de communication majeur qu’est le fleuve et ouvre la route de Kiev…

Un peu plus au sud de Dnepropetrovsk, sur le Dniepr, la centrale nucléaire de Zaporizhia est un objectif de première importance puisque cette installation assure le cinquième de la production d’électricité du pays… Ressource indispensable autant à Kiev qu’aux nouvelles républiques, surtout à la veille de l’interruption des livraisons de gaz russe à l’Ukraine.

Dans les prochaines semaines, un des objectifs majeurs des forces de Kiev, incapables de reprendre le contrôle des régions séparatistes, va être de se maintenir coûte que coûte dans le sud du pays le long d’une ligne englobant Zaporizhia au nord au port de Berdiansk sur la mer d’Azov au sud. L’incapacité à se maintenir sur cette ligne conduirait inévitablement à la perte de contrôle sur toute cette région. Elle permettrait aux forces sécessionnistes de faire leur jonction avec la Crimée, d’établir leur frontière sur la vallée du Dniepr qu’elles verrouilleraient alors jusqu’à son embouchure, avec Kherson leur offrant une tête de pont en direction d’Odessa… En s’emparant de Nova Kakhovka, elles assureraient du même coup l’irrigation des steppes du sud ukrainien et l’approvisionnement en eau d’une Crimée enfin désenclavée.

La stratégie russe : éviter le guêpier ukrainien


Militairement parlant, l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe ne présente pas de difficultés majeures. L’armée ukrainienne totalement démoralisée, dotée d'un équipement obsolète et hors d’usage, sans réelles capacités opérationnelles, sera incapable d’opposer, sauf ponctuellement, une résistance conséquente. Il en sera de même pour la « garde nationale » formée de bataillons recrutés parmi les partisans de Svoboda et de Pravy Sektor.

Dans l’est russophone du pays, les soldats russes seront accueillies en libérateurs… mais il serait hasardeux de croire qu’il en serait de même plus à l’ouest ! Face à une agression étrangère, le réflexe patriotique jouera en faveur des ultra-nationalistes aux commandes à Kiev. Même si les forces russes en viennent à bout assez rapidement viendrait alors pour elles la pire des situations : l’occupation du pays.

Car si, l’opération s’avère une victoire militaire sur tous les autres plans ce serait un désastre complet. D’ailleurs, quel serait l’objectif d’une telle invasion ? Renverser les putschistes de Kiev ? Mais pour les remplacer par qui ? Viktor Ianoukovytch ? L’incapable président ukrainien renversé est démonétisé et son retour dans les fourgons de l’armée russe achèverait de le discréditer complètement… Un gouvernement croupion de politicards corrompus tout aussi discrédités dont regorge le personnel politique ukrainien ? L’OTAN lui opposerait un gouvernement ultra-nationaliste légitimé par l’invasion réfugié dans un réduit à la frontière polonaise ou en exil… Escadrons de la mort et  mercenaires encadrants passés à la clandestinité, car vite balayés dans des combats conventionnels, se livreront alors à une guerre de partisans et à des actions terroristes.

Directement ou par l’intermédiaire d’un gouvernement de collabos, Moscou devrait gérer le chaos et la faillite de l’Ukraine déjà patents avant même la pseudo-révolution du Maïdan. Il se retrouverait aussi au contact direct de membres de l’UE et de l’OTAN qui, affolés, se jetteraient alors dans les bras des Américains… Et il devrait gérer les incessantes et dangereuses provocations d’un gouvernement polonais russophobe.

Tout laisse plutôt à penser que Moscou préférera, comme en Géorgie et dans le Caucase après avoir largement déstabilisé des Etats hostiles, la solution beaucoup plus satisfaisante du glacis défensif tenu par ses vassaux des républiques « indépendantes ». Pour les Russes l’idéal serait de disposer d’une zone tampon sous son contrôle indirect allant de la frontière biélorusse à la Mer noire le long de la rive gauche du Dniepr avec, cerise sur le gâteau, une bande côtière allant de Kherson à la Transnistrie en englobant Odessa.

Bien entendu, ces républiques sécessionnistes ne seraient pas reconnues par l’ONU ce qui ne les empêcherait pas de vivre et de prospérer, adossées à la Russie, leur protectrice et seul client et fournisseur… Comme il s’agit, pour l’essentiel, des seules régions réellement viables de l’Ukraine sur le plan économique, leur défection ne peut que plonger ce qui restera du pays - sous la tutelle de l’UE et de l’OTAN - dans la tourmente… Privé des importantes ressources qu’elles lui apportaient, Kiev se retrouvera sans moyens de se financer et d’acquitter ses dettes et sera donc très vite en quasi-faillite.

Pour parvenir à ses fins, il est probable que la Russie recourt à une offensive de saturation multi champs « attaquant » ainsi, presque simultanément ou avec un subtil décalage, l’Ukraine sur un nombre considérable de « fronts » très divers. Un système obligé de mobiliser la quasi-totalité de ses ressources et presque sans réserves est très vulnérable à ce type d’offensive. Kiev sera alors amené à réaliser sans délais des choix impossibles d’allocations de ressources qui ne peuvent que lui être préjudiciables. Ainsi, à la fermeture du robinet du gaz début juin peut très vite s’ajouter une crise énergétique avec le sabotage d’un certain nombre d’installations-clé de répartition et de distribution d’électricité. Cyberattaques et offensives de saturation des systèmes de communication et de commandement peuvent désorganiser complètement l’armée et la police… au moment d’offensives ciblées des forces armées sécessionnistes pour la prise de contrôle de zones et/ou de sites stratégiques. La multiplication des « attaques » provoquant la saturation des défenses et l’effondrement d’un système ainsi affaibli.

Faire payer l’Occident


La stratégie russe est aussi simple qu’efficace : faire payer l’addition à l’Occident en lui laissant le fardeau du chaos qu’il a semé ! Avec l’annexion de la seule Crimée, la Russie s’est déjà largement remboursée de la dette que lui devait Kiev. Sa tutelle sur les républiques sécessionnistes lui permettra d’utiliser leurs ressources naturelles et industrielles au seul profit de son économie. A l’Occident de financer, d’une façon ou d’une autre, la faillite de son protégé…

Les Russes n’ont pas véritablement intérêt à l’effondrement total de Kiev : un chaos « modéré » fait bien plus leur affaire. En contrôlant et verrouillant un large glacis oriental, Moscou se protège de l’OTAN et des terroristes… tout en exportant vers l’UE les menaces de déstabilisation que génère un régime du type de celui de Kiev. L’OTAN devra protéger ses membres contre les risques de contagion venant de l’Ukraine (notamment des mercenaires djihadistes et néonazis). Roumains et Hongrois sont déjà prêts à intervenir pour venir au secours de leurs minorités nationales, les Polonais aussi avec en plus une longue liste de griefs et de revendications territoriales à l’encontre de l’Ukraine…

La question de l’approvisionnement en gaz de l’UE va ressurgir de façon aussi cruciale qu’inattendue. Ce sera alors à celle-ci de financer la sécurisation des gazoducs et autres oléoducs passant par le territoire ukrainien et menacés par des terroristes… qui pourraient bien, pour certains, agir avec la bénédiction et le soutien discret des Russes. L’objectif de Moscou étant d’accélérer le financement et la mise en place par l’UE d’itinéraires de contournement pour son approvisionnement… ce qui ruinerait du même coup certains projets anglo-saxons comme Nabucco.

Il est certain que la situation en Ukraine, quelle que soit son évolution, continuera de peser lourdement sur les changements géopolitiques qui se dessinent.

Auteur :
Chercheur du Temps

15 commentaires:

Antares a dit…

Voila qui semble donner validité à ce scénario, en tout cas pour le recours aux mercenaires djihadistes :
http://zebuzzeo.blogspot.fr/2014/05/appel-au-djihad-anti-russe-en-ukraine.html

Laurent a dit…

Hé oui, le réel chef de l'OTAN est un aussi fin stratège que ses deux prédécesseurs Bush, inutile de parler des caniches va t en guerre, je me demande ce qui les pousse à être aussi dénués de sens.

Poutine rigole dans ses moustaches, il a récupéré tout ce qui est rentable et laisse la facture à l’Europe de ce pays en faillite.

Myfair a dit…

J'apprécie beaucoup cette analyse, qui détaille parfaitement ma pensée plus "intuitive"... Merci

Yann Gompel a dit…

Trés bonne analyse , qui n'est pas sans rappeler les enjeux stratégique de la 2 ème Guerre Mondiale sur le front de l'Est et plus précisément les nombreux affrontements en Ukraine

Que doivent penser les Ukrainiens?
Eux qui ont eu l'infîme honneur de voir venir le "philosophe Milliardaire" au début de Maîdan leur faire une déclaration d'Amour sur les "barricades".
Qu'en est-il maintenant?

Ce qui est sur , c'est que Poutine s'affirme de + en + comme un fin stratège!
Il perd à Maidan Ianoukovytch , qu'aussitôt il reprends sans coup férir tout le contrôle de la Crimée tout en massant des troupes en alerte pour prévenir de toutes "intrusions" Atlantistes qui menaceraient la partie Est du pays.

De plus Poutine dispose d'un levier économique de poids avec "Gazprom"...

Je pense que votre scénario est bien celui engagé à l'heure actuelle , et jolie travail
Chercheur du Temps.

Chercheur du Temps a dit…

Il est encore beaucoup trop tôt pour savoir si ce scénario se réalisera dans ces grandes lignes. Trop de paramètres sont incertains, voire même inconnus. Ce qui faut avoir bien à l’esprit est la différence fondamentale de conception stratégique entre les Américains et les Russes. La pensée militaire russe s’appuie sur les travaux théoriques et les expérimentations entreprises dès les années 1920/1930 et bien entendu largement snobés en Occident où les militaires russes sont perçus comme des ploucs de moujiks mal dégrossis montant encore à l’assaut en bataillons serrés, baïonnette au canon…. Elle déborde en fait largement du cadre militaire pour intégrer très largement la géopolitique ainsi que l’implication/intrication de tout l’appareil économique, technique et scientifique. Loin de se limiter à des recettes tactiques ou à des préceptes stratégiques déconnectés du reste de la société, elle développe une vision très complète où le développement des forces armées n’est pas une fin en soi, mais le moyen de réaliser certains aspects d’un programme beaucoup plus large, dans la profondeur et dans la durée en étroite relation justement avec le reste du corps social.
Les Américains ont tenté de s’en inspirer, mais sont très vite retournés à leurs travers habituels : la croyance fanatique en la toute-puissance de la technologie, de la force brutale ; la certitude arrogante de l’infinie supériorité de leur société. Ainsi, alors que les Soviétiques ne s’étaient engagés dans le bourbier afghan, fin décembre 1979, que contraints et forcés de venir en aide à leurs vassaux marxistes au prise avec une guerre civile fomentée (déjà !) par les Américains, ces derniers s’y sont rués au premier prétexte, persuadés d’une victoire facile sur un ennemi fantôche. Le résultat ? Alors que malgré toute la pesanteur du régime communiste, les Soviétiques avaient évacué le pays dès février 1989, les Américains et leurs supplétifs de l’OTAN y sont embourbés depuis 13 ans déjà… avec des moyens infiniment supérieurs pour des résultats encore plus décevants ! Voire même désastreux… puisque le corps expéditionnaire colonial est largement tributaire des Russes pour évacuer l’Afghanistan ! C’est, entre autres, une des raisons qui me font penser que les Américains négocieront discrètement le retrait en bon ordre de leurs forces en échange d’un certain nombre de garanties et de concessions pour Moscou. Comme, par exemple, l’inviolabilité de l’enclave de Kaliningrad, le sort de la Transnistrie et un probable glacis défensif dans l’est et le sud de l’Ukraine que Kiev sera incapable de garder sans le soutien militaire actif de l’OTAN et la perspective d’une conflagration incontrôlable qui pourrait mettre brutalement en lumière les failles et les limites de la puissance militaire américaine…

Laurent a dit…

@chercheur du temps: Ou alors, le but premier est tout à fait atteint, l'europe est encore une fois avec un probleme à ses portes, provocant des couts, des tensions, et des scissions (ou balkanisations) supplémentaires, nous empêchant également une alliance avec celui qui géographiquement devrait être notre partenaire naturel.

Le seul truc qui cloche pour Obama, c'est le rapprochement qui a l'air de s'opérer chine/russie et qui pourrait bien lui poser un problème certain, surtout que les brics vont tous emboiter le pas.

raffi henry a dit…

@ Chercheur du temps
J'ai une question sur un détail au milieu de ta remarquable synthèse de la situation, quand tu écris "Face à une agression étrangère, le réflexe patriotique jouera en faveur des ultra-nationalistes aux commandes à Kiev. "
Le massacre de la grande famine est encore bien ancré dans les esprits ukrainiens. Ne penses-tu pas que le massacre d'Odessa a ravivé ce douloureux souvenir avec les ultra-nationalistes dans le rôle des Bolcheviks ?
(Cette réflexion m'est venue en suivant les comptes Facebook d'Ukrainiens activistes des 2 bords).
D'autre part, si une future élection truquée envoyait un pro-Europe à la tête du gouvernement, la Russie aurait-elle complètement perdu l'Ukraine et la Crimée ? Avec par exemple la promulgation de lois visant à emprisonner tous les séparatistes ou la création d'une base militaire américaine sur le territoire ?
Quant à un candidat à la présidentielle qui bâtirait son programme sur l'expansion économique (très fédérateur comme thème cette sacro-sainte croissance !), je crois que le ti père Poutine a plusieurs lapins dans son chapeau !

Chercheur du Temps a dit…

La contestable élection du 25 mai sera, de toute façon, contestée : impossibilité de l’organiser sur une partie du territoire, pressions et menaces de mort pour obliger nombre de candidats à se retirer, irrégularités en tous genres… Moscou n’en reconnaîtra donc pas le résultat… et aussi parce qu’il n’y aucun intérêt !
Mais quel que soit le « vainqueur » de ce scrutin truqué il n’aura aucun moyen supplémentaire pour récupérer la Crimée que Moscou ne lâchera jamais. La prise de contrôle d’une partie de l’Ukraine par la Russie ne se décidera pas via des élections organisées et truquées par ses ennemis mais par l’appui discret aux forces armées séparatistes des régions russophones qui plébisciteront une solution qui peut leur assurer la sécurité, la dignité et la prospérité. On ne demande pas humblement à ses persécuteurs s’ils voudraient bien accepter de prendre en considération une pétition visant à… On prend les armes ou sa valise.
Ce qui est valable dans l’est et le sud de l’Ukraine ne le sera pas pour le reste du pays. D’abord en raison d’antagonismes réels soigneusement attisés et instrumentalisés par les ultra-nationalistes. La référence à la Grande famine des années 1920 sera utilisée sans complexe par Svoboda et Pravy Sektor. Chaque camp utilise dans sa rhétorique et sa propagande des références idéologiques et historiques. Autant la référence à la barbarie nazie et à la grande lutte patriotique pour la libéralisation des terres slaves est bien perçue dans l’est pro-russe du pays, autant tout ce qui peut raviver les souvenirs douloureux de la période soviétique (assimiler à une occupation russe) fera florès à l’ouest. En fonction de ces grilles de lecture idéologique et historique, le massacre d’Odessa sera perçu à l’est comme l’inacceptable résurgence des atrocités nazies lors de la Grande guerre patriotique, et à l’ouest comme un épisode de la lutte contre les Soviets/Russes…

Yann Gompel a dit…

+ Chercheur du temps

Je suis d'accord avec vous , c'est pour celà que j'ai employé le mot " actuellement ".

Oui , plein de facteurs "X" pourraient changer la donne, et effectivement comme vous le dîtes on remarque aisément la différence de "méthodes employées".

J'ai lu sur le net qu'un général Français qui était au courant d'un plan de l'Otan visant à déstabiliser plusieurs pays du Moyen Orient [Irak Libye Syrie Iran et j en oublie 1 ] pensait que se qui se passe en Ukraine permettrait de fixer la tension avec les Russes sur L'Ukraine pour éventuellement reprendre de plus belle en Syrie-Iran , et il concluait par ces mots " End Game" .

De là à dire s'il est dans le vrai , seul l'avenir nous le dira.


Laurent a dit…

Yann et chercheur, vous êtes passionnant. Yann, pour celui qui manquait à votre mémoire, l’Algérie ? enfin, il y en a tant.

Mais comme dit, ça déclenche des trucs dont ils ne maitrisent pas tout. Ils doivent vraiment être affamés pour venir s'occuper d'un pays certes stratégique en energie et acces à la mer mais au combien loin du pays des indiens

Yann Gompel a dit…

+Laurent

C'est plus Chercheur du Temps qui est passionnant .

Moi je ne fait que reprendre se que je lit avec le peu que je sais.

Voilou.

Ps: et merci oui , çà devait bien être l'Algérie , le dernier pays visé par le plan de l'Otan.

Rorschach a dit…

Article repris ;)

http://reseauinternational.net/ukraine-moscou-mise-leclatement-du-pays/

Amaury Massalis a dit…

J'ai un point de vue différent sur les causes premières, je pense qu'il y a collusion par les sommets. Ceux qui tirent les ficelles en arrière plan jouent une partie de Risk. A mon avis la cible c'est l'Europe, et, plus particulièrement la France. Car toutes les stratégies ont un arrière plan spirituel, religieux.
Deux camps s'opposent d'un côté les Hébraïques et les Mohamadiens (qui sont issus des premiers via les ébionites) qui sont divisés mais qui parfois savent unir leurs forces comme en ce moment à Kiev, où vous avez des nazis et des islamistes qui sont soutenus et financés par des milliardaires juifs (certains militaires Israéliens ayant la double nationalité ont également participé aux événements sur la fameuse place de Kiev).
De l'autre la chrétienté divisé à l'extrême qui a perdu toute crédibilité, ou presque, auprès des peuples et ce n'est pas terminé le pire reste à venir. Parasitée et minée de l'intérieur elle n'a plus la capacité de résister depuis longtemps déjà. Ses forces vives se sont retirer, et n'œuvre plus qu'en arrière plan avec de faibles moyens.
Ce sont ceux du premier groupe qui ont financé la révolution Russe. Pendant la dernière guerre mondiale ce sont les mêmes qui ont financé les deux côtés, tout en s'arrangeant pour raser l'Europe (bombardements intensifs stratégiquement inutiles). Ils sont toujours aux commandes, en arrière plan, à l'Ouest comme à l'Est, au Nord comme au Sud..
Le renouveau viendra de l'Europe et plus particulièrement de la France, les maîtres du "jeu" le savent, ils font tout pour retarder et enrayer le processus.
L'armée française, le peu qui reste, est dispersée aux quatre coins du globe, Si les Russes interviennent, ils seront à Paris en une semaine (ou deux), les Américains n'interviendront qu'en fin de partie comme ils en ont l'habitude, sauf si les USA sont en guerre civile, ce qui est aussi une possibilité. Ils auront du mal à contrôler le pourrissement de la société (chômage, rationnement) ainsi que les divisions internes (demande d'autonomie de certains états etc. De plus le camp positif ne reste pas sans agir.
Mais dans l'Univers libre des forces immenses n'ont pas encore donné. Le sort de la Terre n'est pas encore réglé.

Chercheur du Temps a dit…

Désolé, n’ayant aucune compétence en métaphysique et en pataphysique, il m’est impossible d’émettre un avis motivé sur votre vision eschatologique des choses.
Il est indéniable que les événements actuels sont rigoureusement incompréhensibles pour tous ceux qui utilisent les grilles de lecture conventionnelles obligeamment fournies par l’Education Nationale, les médias, les « autorités » politiques, religieuses, morales et les « vedettes » du Showbiz. Nazis, djihadistes et sionistes travaillant la main dans la main est une perspective insoutenable pour l’immense majorité des gens… qui préfèrent ne pas la voir, sinon leur univers s’effondre instantanément. C’est bien pourquoi, malgré toutes leurs failles grossières et autres contradictions à remplir des volumes entiers, les fables de la Shoah et du 11 septembre sont la Vérité.
Sur un plan matériel, la France n’est plus qu’un Etat vassal versant tribut à l’Empire américain, un supplétif engagé sur des théâtres secondaires pour le compte de son suzerain et récoltant des miettes. Sur un plan intellectuel et moral (ne parlons même pas du plan spirituel), au mieux la France fait sourire, quand elle ne déclenche pas une franche rigolade méprisante. Pas plus que le reste de l’Europe, la France n’entrera en guerre contre la Russie. Avec quoi d’ailleurs ? Une poignée de Rafale péniblement glanée pour aller parader en Baltique ; un ou deux rafiots faisant des ronds dans l’eau de la Mer noire ; un ou deux escadrons de Gardes Mobiles pour former les escadrons de la mort ukrainiens au maintien de l’ordre lors d’une finale de championnat de foot ? Financièrement, elle bricole déjà péniblement pour réunir les fonds nécessaires à ses expéditions coloniales en Afrique… alors une guerre conventionnelle de grande ampleur en Europe ! Français et Britanniques n’ont pu mener leur guerre aérienne terroriste sur le peuple libyen qu’en étant ravitaillés en bombes et munitions par les Américains. Et là, il ne s’agirait pas d’une guerre contre un pitre commandant une armée largement fantoche, mais contre le joueur d’échecs impavide qui a fait reculer les USA dans leur volonté de frapper la Syrie en septembre dernier…
Si l’objectif final est de neutraliser une France qui n’arrête pas de se tirer dans les jambes, pas besoin d’un scenario aussi compliqué faisant intervenir néonazis ukrainiens, djihadistes en reconversion du front syrien, milliardaires juifs en pleine diversification de leurs actifs, mercenaires américains et boy scouts de l’OSCE. Il y a déjà en France les mêmes ingrédients qu’en Ukraine pour fomenter une pseudo-révolution qui ramènerait le pays à l’état de l’été 1940…
Je crains malheureusement qu’il n’y ait que du trivial et du bêtement humain dans les événements actuels et guère de perspectives eschatologiques de retour d’un Roi Caché, du Messie, du Mahdi ou du Père Noël. Comme tous les empires à volonté hégémonique avant lui, les Etats-Unis sont désormais sur la pente déclinante. Ils le sont d’ailleurs depuis les années 60 et c’est seulement le délabrement plus avancé de l’URSS qui leur a permis de donner le change aussi longtemps. L’Empire vit à crédit sur le dos du reste de la planète, mais son racket lui rapporte de moins en moins. Les lois implacables de la thermodynamique et des rendements décroissants le rattrapent… Il est aujourd’hui dans la situation du joueur dans une (très) mauvaise passe qui, fébrile, ne connaît qu’une méthode : tenter des « coups » pour se refaire. Avant-hier l’Irak, hier la Libye, aujourd’hui l’Ukraine. Et peut-être demain la France si son dépeçage offre un sursis à l’Empire…

Amaury Massalis a dit…

Les USA sont une Emporocratie et non une démocratie. Et, pour qu’une république devienne une emporocratie il faut qu’elle soit mercantile (Ndr elle l'est), qu’elle puisse assujettir des peuples par la force (Ndr elle le fait), la puissance politique et économique, qu’elle possède une armée (Ndr et une marine) puissante pour s’imposer hors de ses frontières (Ndr elle l'a)... »

« Dans ce genre de gouvernement le peuple est sans liberté (Ndr c'est un fait : Cf "Une histoire populaire des États-Unis" de Howard Zinn), sans puissance, sans considération, sans voix dans ses propres affaires, turbulent sans objet, servile sans nécessité, livré à une misère de plus en plus croissante, qui, dévorant le peu de vertu qui lui reste, le rends tour à tour facétieux ou vénal. Le président chancelle sous le fardeau, toujours en butte aux traits d’une opposition violente, qu’il est obligé de respecter, alors même qu’elle ne le respecte pas, ne marche qu’avec une extrême fatigue vers un but qu’il ne saurait manquer sans honte, et qu’il n’atteint jamais avec gloire... » (Fabre d’Olivet).

Cependant, où se cache donc la force qui fait mouvoir ce colosse ? Cette force se cache dans son crédit. Donc, tant que les US seront crédibles ils continueront de dérouler leur plan d'asservissement. Sauf s'il y a un grain de sable, c'est sur ce petit grain de sable que je mise.

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