vendredi 8 août 2014

La Russie et les pays occidentaux entament une guerre économique




Punitions, sanctions, ripostes, représailles. La Russie et les pays occidentaux sont engagés dans un début de guerre commerciale susceptible de dégénérer gravement. Une semaine après avoir vu ses banques publiques coupées des marchés financiers occidentaux, le premier­ ministre russe, Dmitri Medvedev, a annoncé hier un embargo sur de nombreux produits alimentaires de l’Union européenne, des Etats-Unis, du Canada de l’Australie et de la Norvège. Suite aux instructions données la veille par son président, Vladimir Poutine, il a menacé en outre d’interdire aux compagnies aériennes occidentales de survoler son pays pour desservir l’Asie depuis l’Europe.

Il a ajouté qu’il envisageait des «  mesures protectionnistes  » dans les secteurs de la construction aéronautique, navale ou automobile. Une menace grave sur le papier, puisque l’Union européenne a exporté 107 milliards de dollars de biens industriels en Russie l’an dernier­, contre « seulement » 15 milliards de produits alimentaires, mais difficile à mettre en œuvre, faute d’alternatives de qualité­. Dmitri Medvedev a assuré que son gouvernement ne voulait pas de guerre commerciale, mais qu’une réponse était inévitable face aux sanctions des Occidentaux et qu’il espérait que ces derniers, aux considérations politiques «  stupides », penseront à «  ne pas isoler ou faire peur à la Russie ». «  Une telle chance – une occasion unique d’ouvrir et de développer notre industrie destinée à la substitution des importations – ne peut être négligée », a-t-il conclu.

Doutes en Russie

La tonalité était toute aussi déterminée hier à Bruxelles, où la Commission dit «  se réserver le droit de prendre­ des mesures  », et à l’OTAN. Son secrétaire général, Anders Fogh Rasmussen, a annoncé hier, à l’issue d’un entretien à Kiev avec les dirigeants ukrainiens, que l’Alliance atlantique était prête à renforcer son assistance à l’Ukraine dans plusieurs domaines face à «  l’agression russe  ». Les Etats-Unis fournissent déjà une aide non létale (renseignements, conseils, gilets pare-balles) à une armée ukrainienne à l’offensive depuis un mois. Kiev a repris la moitié du territoire tenu par les séparatistes et assiège la principale ville d’Ukraine orientale, Donetsk, qui a subi hier d’intenses bombardements.

Nombre d’analystes russes doutent de la capacité de leur pays à substituer des produits locaux aux importations occidentales, «  un conte de fée » selon Igor Nikolayev, directeur de l’institut d’analyse stratégique FBK. Il souligne que l’Etat russe manque de fonds pour stimuler la production agricole, puisque l’argent disponible a déjà été affecté à d’autres besoins (les fonds des retraites ont été siphonnés pour combler les trous du budget fédéral).

Moscou aurait déjà pris des contacts avec la Turquie et le Brésil pour augmenter les achats auprès de ces pays, au prix d’une recomposition mondiale des circuits commerciaux dans laquelle, à vrai dire, les exportateurs européens ne resteront pas non plus les deux pieds dans le même sabot…

Flambée des prix alimentaires

Le Kremlin ne pouvait pas ne pas répondre aux sanctions occidentales, estimait hier la politologue Maria Lipman à Moscou, «  il s’agit de fierté nationale et de souveraineté plutôt que d’économie. Lorsqu’un pays est présenté comme un paria, il se doit de répondre ».

Mais l’embargo fera certainement flamber les prix alimentaires, jusqu’à 25 % pour les fruits et légumes, ce qui alimenterait une inflation déjà supérieure aux objectifs, à 7,5 % en juillet. Dmitry Polevoy, économiste de ING Groep à Moscou, estimait hier que l’embargo «  amplifiera seulement les effets » des sanctions occidentales, avec un impact «  général sur les ménages  ».

Sans vraisemblablement «  faire changer la stratégie suivie par Vladimir Poutine  », estime Andrew Monaghan, spécialiste de la Russie au think tank Chatham House, qui juge «  très délicat de trouver un équilibre entre une attitude de fermeté et de dialogue ».

En savoir plus sur :
http://www.lesechos.fr/monde/europe/0203691697873-la-russie-et-les-pays-occidentaux-au-bord-dune-grave-guerre-commerciale-1031313.php?x5j8FEX5d7Rqv0qp.99

10 commentaires:

Skeptikos Evlavis a dit…

Vu l'entêtement hystérique des USA dans cette crise, je crains que ça va être l'escalade des sanctions et que les conséquences vont êtres catastrophique sur la déjà faible économie occidentale. Ca peut tourner en véritable armmagedon financier ! D'ailleurs n'est-ce pas prévu par plusieurs prophéties ? Pierre Jovanovic aura certainement beaucoup à dire sur ce sujet !

Chercheur du Temps a dit…

Un article des Echos ? Les Echos est, à la fois, un torchon propagandiste et un journal affairiste qui se plante régulièrement dans ses analyses tant politiques qu’économiques ! Les Russes peuvent donc dormir sur leurs deux oreilles…
Evidemment, les sanctions occidentales vont faire mal à l’économie russe. En fait, essentiellement certaines d’entre elles dans des domaines sensibles de haute technicité où les fournisseurs ne se bousculent pas. Ce que les journalistes économiques (d’une inculture crasse, même dans leur domaine…) n’arrivent pas à comprendre c’est l’effet de levier des mesures de rétorsion russes. En effet, les mesures sur les produits alimentaires ne représenteraient QUE 15 milliards contre 107 milliards de dollars pour les biens industriels…
Ces représailles très ciblées vont toucher le secteur très sensible de l’agro-industrie, qui vit en grande partie d’aides communautaires, et dont les productions sont déjà largement excédentaires en Europe. Du jour au lendemain, des filières vont se retrouver totalement désorganisées, sans débouchés ni solutions de repli dans une économie européenne atone pour rester poli… Par effet domino, ces SEULS 15 milliards peuvent rapidement mettre par terre des filières entières aux marges déjà laminées par la globalisation et la crise et, par effet de contagion, toutes les activités économiques qui fonctionnent avec elles en synergie. Pour une entreprise qui fait faillite, incapable de payer salariés, fournisseurs et l’Etat, combien en aval d’entreprises mises en difficultés ou condamnées à mettre la clé sous la porte ? En peu de temps, à l’échelle française, TOUTE l’économie de la Bretagne peut être sinistrée ! L’effet dévastateur va encore être bien pire dans les pays de la « ligne de front » (Pologne, Finlande, Etats baltes et Moldavie), hystériquement russophobes… mais largement dépendants de la Russie sur le plan économique, notamment dans le domaine agricole...
Même si les sanctions s’avèrent douloureuses pour l’économie russe, la résistance à l’agression occidentale est une question VITALE pour la Russie et elle a prouvé pendant le Seconde Guerre mondiale jusqu’où elle était capable d’aller. En face, il n’y a que deux coalitions (UE et OTAN), aussi hétéroclites qu’instables, d’Etats aux intérêts différents pour ne pas dire divergents quand ce n’est pas franchement antagonistes. En bon stratège, Vladimir Poutine va frapper essentiellement les zones les plus fragiles du front occidental pour y exacerber toutes les contradictions internes, toutes les stratégies nationales divergentes : la fameuse « ligne de front » et l’Allemagne.
En déstabilisant l’économie - et rapidement par ricochets - la société civile des pays de la « ligne de front », il obligera l’UE à les soutenir à tout prix… ce dont elle est incapable autant sur le plan financier que politique. Mal en point économiquement et en proie à des troubles internes (n’oublions pas qu’y résident de fortes minorités russes ou russophones), comprenant qu’ils n’ont pas grand-chose à attendre concrètement de l’UE et de l’OTAN (sinon le déploiement de forces qui en font autant de cibles désignées aux frappes russes, charmante perspective…), ces pays n’auront d’autres choix que d’appuyer une solution politique qui leur éviterait le pire. D’autant que l’Allemagne - que les Russes ne ménagent pas pour rien - ayant économiquement tout à perdre dans cette stupide escalade refusera de financer une opération aussi mal engagée…d’autant que d’ici là l’Ukraine pourrait bien avoir basculé dans un chaos complet !
Quant aux déclarations du perroquet de l’OTAN, le sieur Anders Fogh Rasmussen, cela fait des mois qu’il annonce les mêmes mesures qu’il est d’ailleurs totalement incapable de concrétiser. Il n’y aura donc pas de confrontation militaire ouverte de l’OTAN avec les Russes tout simplement parce qu’il n’y a en Europe que de pleutres gouverneurs de province de l’Empire américano-sioniste et des troupes de supplétifs incapables d’affronter l’armée russe.

Amaury Massalis a dit…

Chercheur du Temps, je suis parfaitement en phase avec votre analyse.
Les US et ceux qui tirent les ficèles ne font jamais rien sans avoir un objectif à court terme (plan à 5 ans) et à plus long terme (15 ou 20 ans), pour l’Europe, le Moyen-Orient, l’Asie, etc. Où vont-ils ?

Unknown a dit…

j'aime pas que l'europe soit contre les russes.... faire l'arbitre aurait ete mieux .

bandit1200 a dit…

Sans faire dans l'alarmisme, il est fortement conseillé (surtout aux familles avec enfants), de préparer des sources alternatives de chauffages pour les périodes froides.
Vêtements chauds, bombonnes de gaz, canon a air chaud, bois sec, poêle a bois, etc .. (Il existe différents petits radiateur a fixer sur des bombonnes de gaz)

L'escalade est telle qu'une coupure de gaz Russe "accidentelle" cet hiver est envisageable. (Sauf si on compte sur nos "amis" ricains et leur merde de gaz de schiste biensur)

Graphique des importations par pays des énergies dont l'Europe a besoin:
Gaz russe environ 35%

http://epp.eurostat.ec.europa.eu/statistics_explained/index.php/File:Main_origin_of_primary_energy_imports,_EU-27,_2002-2010_%28%25_of_extra_EU-27_imports%29-fr.png

Amaury Massalis a dit…

bandit1200 a dit… Sauf si on compte sur nos "amis" ricains et leur merde de gaz de schiste biensur.

Il me semble qu'ils n'ont pas les infrastructures nécessaire à l'exportation de leur gaz de schiste. Je crois qu'il faudrait commencer par faire quelques investissements, le gaz de schiste ricain ne sera pas là l'hiver prochain.

Chercheur du Temps a dit…

Du côté européen la panique commence à saisir les « responsables » : comme d’habitude, ils n’avaient pas anticipé les réactions à leurs actions… C’est pourtant un truc tout simple qu’un gamin de cinq ans qui joue une fois avec un élastique maîtrise très vite parce que ça fait mal aux doigts.
Ils viennent juste de découvrir que les contre-sanctions russes allaient dans un premier temps leur coûter la bagatelle de 12 milliards d’euros… Dans un premier temps, parce qu’ils n’ont toujours rien compris à l’effet de levier de la riposte russe qui pourrait bien provoquer une crise systémique dans le secteur agricole européen.
Evidemment, l’UE unie comme jamais se déchire déjà pour savoir qui va payer la note… Comme prévu les pays de la « ligne de front » découvrent - un peu tard - qu’ils sont les premiers et les plus durement touchés et exigent déjà de l’UE des dommages et intérêts pour leurs pertes. « Petit problème » : l’UE ne dispose que d’une enveloppe de 400 millions pour faire face au tsunami qui arrive à toute vitesse (ce sont des centaines de milliers d’exploitants qui sont déjà sanctionnés, sans parler de l’impact sur l’économie des secteurs ruraux et des filières agroalimentaires…
La Grèce, déjà saignée par la finance américano-sioniste et l’égoïsme allemand, risque le collapsus économique et des troubles incontrôlables dans les campagnes. Déjà, en bons Européens conséquents, les dirigeants hellènes négocient en douce avec la Russie… Il en sera de même avec la Bulgarie, la Roumanie, la Serbie que Moscou ménagera tant par solidarité slave et/ou orthodoxe que pour introduire un coin dans le flan sud et mou de l’UE/OTAN…
Et le pire est à venir parce que, à moyen terme, l’absurde alignement européen sur l’Empire américano-sioniste fait parfaitement l’affaire de la Russie ! La situation de crise offre à Vladimir Poutine l’occasion d’opérer une cure drastique de désintoxication aux toxines occidentales qui gangrénaient déjà la société russe. J’aurai l’occasion d’y revenir.
http://french.ruvr.ru/2014_08_08/Reponse-de-la-Russie-lEurope-peut-perdre-le-marche-russe-2441/

Skeptikos Evlavis a dit…

Chercheur, je pense quand même que les russes se seraient bien passé de tout ceci et auraient préféré tisser plus de liens commerciaux avec l Europe, même dégénérée moralement.

Chercheur du Temps a dit…

@Skeptikos Evlavis Il est bien évident que les Russes se passeraient d’une Ukraine en plein chaos à leur porte, de l’encerclement/étouffement organisé par l’OTAN, des coups fourrés de l’Empire américano-sioniste, des sanctions européennes et de la victoire de Conchita Wurst au concours de l’Eurovision. Et nous aussi… Il se trouve que nous ne vivons pas au merveilleux pays des rêves au-delà de l’arc-en-ciel mais sur une planète qui est plutôt entre les mains de sociopathes aussi imaginatifs qu’actifs. Personne, et les Russes pas plus que les autres, n’a envie de se retrouver dans une « partie » aussi serrée et dangereuse. Sauf que les Russes y sont contraints par la faute de véritables donneurs d’ordre dans la coulisse dont nos chers dirigeants ne sont que les larbins et les pantins. Ils ne défendent pas des intérêts commerciaux : ils défendent la survie de leur patrie et des valeurs auxquelles ils tiennent et, pour l’instant, ils le font en utilisant l’arme des contre-sanctions commerciales, ce qui n’est pas la même chose.
Par le biais de son adhésion à une flopée d’organisations internationales (ONU, OMC, FMI, etc.) la Russie, insidieusement, a été amenée à adhérer aux principes qui les dirigent et aux conséquences délétères qu’ils impliquent. Quand, pour être reconnu comme partenaire à part entière, on accepte de jouer à la table de tricheurs professionnels qui utilisent des cartes biseautées et changent cyniquement les règles du jeu en cours de partie… on prend des risques que l’on n’avait pas forcément perçus au départ et l’on se retrouve assez vite coincé dans un système malsain dont on sait que l’on aura ensuite beaucoup de mal à s’extirper. Vladimir Poutine a hérité des cartes pourries et de l’ardoise que lui avait laissées son prédécesseur alcoolique et corrompu Boris Eltsine avant de quitter la table de jeu. Patiemment, méthodiquement, il a attendu son tour, rebattu les cartes, rétabli ses finances et la confiance. En le traitant bêtement de tricheur, ses adversaires lui offrent l’occasion inespérée de quitter une table de jeu truquée en refusant fièrement de continuer la partie avec de pareils partenaires.
Depuis des siècles, les Russes cherchent - le plus souvent en vain et au prix des pires rebuffades - une alliance sincère avec l’Europe parce que le cœur de la Russie penche naturellement plus à l’ouest qu’à l’est. Gorbatchev, qui a évité à l’Europe et au monde les soubresauts meurtriers d’un empire à l’agonie, avait déjà tendu la main à l’Europe avec le concept de « maison commune ». Ses espoirs et ses propositions n’ont rencontré que le mépris, le mensonge, le pillage des ressources de l’ancien monde communiste et l’encerclement par l’OTAN qui a vassalisé les anciens membres du pacte de Varsovie et des républiques séparatistes de l’URSS (tiens, contrairement à la Crimée et au Donbass, elles avaient le droit celles-là !). Poutine et Medvedev ont aussi tenté, longtemps, de s’entendre à l’UE, de tisser des liens économiques et politiques. Au fil du temps, ils ont compris qu’ils se berçaient d’illusions. Comme ce sont des hommes d’Etat ils en ont tiré les conséquences.
Les Russes vont donc, patiemment, méthodiquement, se libérer petit à petit de leurs dépendances vis-à-vis de l’Occident. Dans TOUS les domaines et à commencer par les plus importants : le spirituel et le politique ; même si l’économie est importante elle n’est malgré tout que contingente. Certes, ce sera long, difficile, douloureux comme toutes les cures de désintoxication. Mais, au final, les ONG et autres sociétés d’influence occidentales vont vite être priées de vider les lieux si elles ne veulent pas tomber sous le coup de lois contre l’espionnage et le terrorisme (et les Russes n’auront aucun mal pour prouver au reste du monde à la tribune de l’ONU qu’ils n’ont pas la moindre envie que les mêmes méthodes de voyous nazis employées au Maïdan, et orchestrées et financées par l’Occident, s’installent chez eux). Les Russes savent que lorsque l’on va manger chez le Diable il faut se munir d’une très longue cuillère et d’un très gros bâton !

boris d a dit…

@ Bandit
Dans le cas particulier de la France, il faut souligner une énorme dépendance au gazole que nous achetons à la Russie. Il n'est pas intéressant de raffiner chez nous puisque nous consommons quatre ou cinq fois plus de gazole que d'essence. Bien sûr que les russes y perdraient aussi dans ce cas s'ils ne trouvent de déboucher pour leur excédent de gazole.
Le gagnant de l'histoire c'est peut-être l'oncle Sam qui va vendre des batteries d'anti-missiles à l'Ukraine sans être affecté par la guerre économique.

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