vendredi 30 janvier 2015

Parution des Carnets de Guantanamo : journal intime d'un prisonnier

Quel timing ! Chercherait on à nous déshumaniser juste après le choc du 7 Janvier?



Un Mauritanien détenu à Guantanamo depuis près de 13 ans raconte comment il a été torturé et poussé à de faux aveux dans un journal intime de 430 pages, publié en France jeudi 22 janvier.

Mohamedou Ould Slahi, arrêté en 2001 en Mauritanie avant d'être emprisonné successivement en Jordanie, en Afghanistan et à Guantanamo, décrit ce qu'il appelle sa tournée mondiale de la torture et de l'humiliation. Le Mauritanien, membre d'Al-Qaïda, affirme dans son manuscrit écrit à la main, en anglais, qu'il a été torturé, battu, privé de sommeil, humilié sexuellement et menacé de mort à de nombreuses reprises.
Agé de 44 ans, il a été emprisonné parce qu'il aurait participé, selon l'administration américaine, à la "cellule de Hambourg", liée aux attentats du 11-Septembre 2001. En mars 2010, un juge fédéral américain l'avait blanchi, ouvrant la voie à sa libération. Mais quelques mois plus tard, une cour d'appel a cassé la décision et décidé qu'il devait rester en détention, dans le centre militaire américain de Guantanamo, à Cuba.

Ses "Carnets de Guantanamo" paraissent après avoir été retouchés et amendés à plus de 2.500 fois, au cours d'une longue procédure destinées à faire déclassifier le document. Le "Guardian" a publié de larges extraits de l'ouvrage, relayés en France par France TV info. "L'Obs" revient sur certains d'entre eux.
"J'étais heureux à chaque coup que je recevais"

En 2003, Mohamedou Ould Slahi raconte avoir été soumis à des "techniques d'interrogatoire additionnelles", approuvées par les autorités américaines de l'époque. Le prisonnier évoque notamment les entraves qui l'empêchent de bouger :
Ils ont resserré les chaînes autour de mes chevilles et de mes poignets. Après cela, j'ai commencé à saigner. [...] Mes pieds étaient engourdis, les chaînes avaient coupé la circulation du sang vers mes pieds et mes mains. J'étais heureux à chaque coup que je recevais, car cela me permettait de changer de position."

Et les menaces de mort : "Si tu ne coopères pas, on te mettra dans un trou et on effacera ton nom de la liste des détenus."

"Avale, enfoiré !"

Mohamedou Ould Slahi affirme également avoir été forcé à boire de l'eau salée.
C'était tellement dégoûtant que j'ai vomi. Ils me mettaient des objets dans ma bouche et criaient : 'Avale, enfoiré !' Je ne voulais pas avaler cette eau dangereuse pour mon organisme, qui m'étouffait au fur et à mesure qu'ils remplissaient ma bouche. 'Avale, idiot.' J'ai réfléchi rapidement et j'ai choisi de boire l'eau salée, plutôt que mourir [d'étouffement]."

"Je ne pouvais pas fermer l’oeil plus de dix minutes d’affilée, car je passais mon temps aux toilettes", écrit encore le détenu, qui explique qu'il devait avaler des litres et des litres d'eau plusieurs jours d'affilée.

"J'étais sur le point de perdre la tête"

"J'ai commencé à halluciner et à entendre des voix." Mohamedou Ould Slahi assure que les traitements qui lui sont réservés ont détruit sa santé mentale.
J'ai entendu ma famille, dans une conversation totalement détendue. J'ai entendu des lectures du Coran avec une voix qui semblait divine. J'ai entendu de la musique de mon pays."

"Par la suite, les gardes ont utilisé ces hallucinations et ont commencé à parler avec des voix bizarres à travers la plomberie, m'encourageant à les blesser et à planifier une évasion. Ils ne m'ont pas trompé, même si j'ai joué le jeu. J'étais sur le point de perdre la tête."

"J'ai été forcé de participer à une relation sexuelle à trois"

Mohamedou Ould Slahi relate également comment il a été plusieurs fois agressé sexuellement par du personnel féminin, comme le montre un passage, en partie censuré par les autorités américaines.

"Dés que je fus debout, les deux XXX [mot censuré : "femmes", suggère France TV info] ôtèrent leur chemisier et se mirent à tenir des propos salaces que vous imaginez sans peine [...]. Ce qui me fit le plus de mal, c'est quand j'ai été forcé de participer à une relation sexuelle à trois de la plus dégradante des façons. Beaucoup de XXX n'ont pas conscience que les hommes souffrent de la même façon que les femmes si on les force à avoir un rapport sexuel, et peut-être davantage, du fait de la position traditionnelle de l'homme."

"Si vous voulez la vérité, cette histoire n'a jamais eu lieu"

Pour faire cesser les tortures, Mohamedou Ould Slahi raconte qu'à l'automne 2003, il a fait de faux aveux, inventant un projet d'attentat contre la tour de CNN à Toronto.

"Je suis très heureux de notre coopération", lui annonce son interlocuteur. "Tu te souviens, quand je t'ai dit que je préférais les conversations civilisées ? Je pense que tu nous as fourni 85% de ce que tu sais, mais je suis sûr que tu vas donner le reste."
Je pense que ton histoire à propos du Canada n'a pas de sens", continue-t-il. "Tu sais ce qu'on a contre toi, tu sais ce que le FBI a contre toi."

Mohamedou Ould Slahi assure avoir alors confessé, par écrit, le projet d'attentat, avant de confesser, à l'oral : "Si vous voulez la vérité, cette histoire n'a jamais eu lieu."

Le prisonnier fait alors face à de nouvelles menaces. "Qu'est ce ce trou du cul attend de moi ?", enrage Mohamedou Ould Slahi. "S'il veut une confession, je lui en ai déjà fournie une. Est-ce qu'il veut que je ressuscite les morts ?"

"De quoi est-il question quand tu parles de thé et de sucre ?"

L'interrogatoire est parfois tristement ridicule. Lors d'une conversation enregistrée au Canada à son insu, Mohamedou Ould Slahi a prononcé les mots "thé" et "sucre" au téléphone.
Mes interrogateurs se bloquèrent comme par magie sur [ces] deux mots, qu'ils allaient me resservir pendant plus de quatre ans. 'De quoi est-il question quand tu parles de thé et de sucre ?' De thé et de sucre…"

A bout, il finit par lancer qu'il a "acheté beaucoup de sucre, pour le mélanger aux explosifs et ainsi accentuer les dégâts".

Idem concernant les études de son frère : "Avant le 11-Septembre, tu as appelé ton frère cadet, en Allemagne, et tu lui as dit de se concentrer sur ses études. Que signifiait ce message codé ? - Ce n'était pas un message codé. Je conseille toujours à mon frère de se concentrer sur ses études."



















Renaud Février

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20150122.OBS0547/les-carnets-de-guantanamo-journal-intime-d-un-prisonnier.html

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